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n°67

Besoins de l’enfant, disponibilité et capacités des parents : les ingrédients d’un développement suffisamment bon

Article issu du n°68 - Les (premiers) liens parents/enfant ----

Auteur(s) :

VANDER LINDEN Reine Psychologue périnatale, clinique Saint Pierre, Ottignies et Chirec, Bruxelles


Extrait :

(...)

Si, dans ses expériences de soins et de consolation, le petit enfant peut ressentir suffisamment de sécurité, il va se permettre de s’appuyer sur celle-ci pour explorer son environnement et oser se détacher petit à petit de sa « base de lancement » constituée de ses figures d’attachement (son père, sa mère ou toute personne constante à ses côtés).

Coexistent en tension l’un avec l’autre, son besoin d’être attaché à ceux qui composent son environnement (quelle que soit la qualité de la présence offerte) et son besoin d’explorer. Dans les situations de discontinuité ou de réponses non ajustées, l’énergie mise dans la recherche de sécurité le sera aux dépens de l’activation des comportements d’exploration.

Certains enfants ayant des parents eux-mêmes insécurisés épongent littéralement le stress ou l’angoisse de ces derniers. Ils n’ont comme seule alternative que de se porter présents à leurs côtés et, dès lors, d’inhiber ou d’abandonner leurs velléités exploratoires. On saisit le handicap que représente la tâche pour les jeunes enfants de devoir activer sans cesse leur système d’attachement lorsque règne un climat d’insécurité, par défaut de présence adulte réconfortante auprès d’eux, par inadéquation de réponses à leurs besoins ou par débordement d’angoisse chez leurs figures d’attachement. Dans ces « collusions » relationnelles, il n’y a pas de place pour « du tiers ». Pas de place pour un autre, pas de place pour le langage, pas de place pour le futur. Toute l’énergie est mise au profit de la nécessité de rester accrocher à l’autre. S’éloigner est synonyme de rupture et de perte.

A l’inverse, d’autres enfants qui n’ont pas pu sentir une présence suffisamment contenante et soutenante sont comme des barques sans amarres, flottant çà et là, cherchant sans cesse ailleurs ce qu’ils ne trouvent pas ici. Pour eux, s’engager dans une relation est potentiellement dangereux, car le risque de perdre est omniprésent. Ils peuvent paraître froids et sont incapables de s’engager dans des relations où des émotions ont de fortes chances d’émerger. Les très jeunes enfants recherchent, eux, encore les contacts mais de façon totalement indifférenciée. Ils s’accrochent à des inconnus, passent d’une personne à l’autre et pourraient être considérés comme « affectueux » auprès de professionnels non avertis.

Dans ces deux types d’attachement insecure, le développement de toute une série de compétences que l’enfant acquiert habituellement au contact de ses parents va être entravé : la curiosité, l’accès au décodage et au traitement de ses propres émotions, la secondarisation de la pensée (savoir mettre un délai à ses désirs , savoir renoncer, savoir mettre en mots, savoir se construire des représentations mentales des effets de ses actions…), la capacité à faire preuve d’empathie à l’égard d’autrui, l’aptitude à expérimenter la confiance en l’autre…

Tout enfant accaparé par ses parents, comme tout enfant qui sent qu’il n’est pas présent dans la tête de ses parents et qui vit douloureusement le fait d’être l’objet d’une attention discontinue ou trop lâche, risque à son tour de ne pouvoir construire des liens souples et sécurisants. Ces enfants se vivront eux-mêmes comme vulnérables et inquiets, souffrant d’une insuffisance de confiance ou d’une confiance aveugle et, donc, toujours à risque d’être « flouée ». Ils sont habités par une angoisse permanente qui peut devenir envahissante dès qu’ils se trouvent en situation de stress.

On perçoit comme la constance, la régularité, la fiabilité qui vont créer la sensation de prévisibilité chez l’enfant sont des ingrédients indispensables de la fonction parentale. Du côté de l’enfant, on comprend que la construction des représentations de soi et des autres (et, donc son rapport au monde) prend sa « substance » dans les relations avec ses figures d’attachement.

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