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n°72

Le 107 ouvre à une autre approche de la crise psychiatrique

retour au n°72 "Santé mentale : les enjeux de la réforme ?"


Auteur(s) :

Dr DESCHIETERE Gérald Psychiatre

Dr LAURENT Michèle Psychiatre

VERMEIREN Etienne Psychologue

MORAUX Valérie Psychotérapeute, Unité de crise et d’urgences psychiatriques des cliniques universitaires St-Luc, Bruxelles


Résumé :

Dans cet article, depuis notre place d’urgentiste de la psychiatrie, nous questionnons la réforme du 107 sur les grands défis que la psychiatrie belge a devant elle : meilleure indication d’hospitalisation et intensification de celle-ci, renversement de la priorité des soins vers l’ambulatoire, limitation des mesures de privation de libreté en vue des soins (mises en observation)... Nous veillerons d’abord à expliciter les notions d’urgence de crise dans le contexte psychiatrique. Nous expliciterons ensuite pour quelles indications précises la création d’équipes mobiles représente une réelle avancée.Nous terminerons autour de considérations éthiques liées à cette réforme.


Mots-clés :

Urgence psychiatrique, crise psychiatrique, équipes mobiles de crise, désert de soin, entourage, milieu de vie.


Extrait :

(...)

Les enjeux éthiques de la réforme

Quelle est donc cette psychiatrie qui, après avoir « chassé le fou de l’asile », après avoir tenté de donner à la folie son droit dans la cité, se présente aujourd’hui à son domicile ? Quelle est donc cette psychiatrie qui a fait de « l’émergence de la demande » un étendard et qui aujourd’hui semble outrepasser cette émergence même ? En d’autres termes, comment le projet 107 s’articule-t-il au travail en réseau devenu l’idéal de cette psychiatrie ? La question devient peut-être : comment garder une unité tout en conservant une place au multiple dans le parcours de soin du patient ?

Au sein du distinguo entre crise et urgence psychiatrique, c’est toute l’importance du milieu et du contexte de la souffrance mentale qui apparaît. Le terme « apparaît » est, d’ailleurs, erroné. Il n’a guère fallu attendre les équipes mobiles de crise pour se rendre compte que, ce qui pouvait sembler « insensé » à un premier regard, se saturait de sens à la perspective du contexte médical, familial, ou professionnel : le social ne peut être camisolé. En schématisant outrancièrement, l’on pourrait dire que l’évolution de la psychiatrie s’est faite par « glissements de terrain » : de l’hospitalo-centrisme asilaire au travail de réseau, du dossier médical au « parcours urbains de soins », de l’hospitalier à l’ambulatoire et, avec les équipes mobiles, de l’ambulatoire au…domicile. Ces glissements sont autant de redéfinitions des compétences et des prérogatives de la psychiatre. Avec le réseau, la sphère de compétences devient point de convergence autour et alentour du patient. Il s’agit, ici, de faire converger divers professionnels aux modes d’action différents, aux approches complémentaires ou contradictoires, aux intérêts variés, aux techniques de travail opposées vers une vision moins divergente du soin au patient. L’image est facile mais néanmoins précise, ces glissements de terrains successifs ont amené les intervenants à penser en termes de « tectonique ». De grandes sphères de la vie du patient s’entrechoquent et c’est dans ces chocs mêmes que la compréhension, voire l’anticipation de la crise est permise. Ainsi, postuler l’importance du contexte reviendrait-il à dire que la spécificité d’une « crise nécessitant le déclenchement de l’équipe mobile de crise » serait une crise du contexte, précisément ?

En d’autres termes, l’une des caractéristiques majeures des équipes mobiles serait de mettre le focus non plus seulement sur le patient mais bien sur son environnement conçu comme un éclaireur de sa détresse individuelle lorsque celle-ci ne « s’adresse plus ». Il est à noter que cette notion « d’adresse » est probablement celle qui, dans la clinique psychosociale, permet le mieux de dépasser celle de « demande » trop rivée aux réalités individuelles.

(...)

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