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n°74

Une génération dans tous ses Etats : les jeunes, l’autonomie et la crise en Europe

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Auteur(s) :

Cécile VAN DE VELDE Une génération dans tous ses Etats. Les jeunes, l’autonomie et la crise en Europe Sociologue, Maître de conférences à l’EHESS (Paris)


Résumé :

La crise met à l’épreuve les modèles européens d’intégration de la jeunesse. Du Nord au Sud de l’Europe, l’assombrissement des perspectives économiques aiguise l’enjeu de l’autonomie au sein des jeunes générations : davantage que les seules conditions matérielles d’indépendance, c’est la possibilité d’orienter son propre destin, individuel et collectif, qui est désormais en jeu. De récents mouvements sociaux, initiés et relayés par les jeunes générations, soulèvent chacun à leur façon cette question de l’autonomie individuelle et du gouvernement des existences dans une crise mondialisée. Cet article montre comment les politiques publiques réagissent très différemment à cet enjeu de l’autonomie, et dessinent des expériences particulièrement contrastées de la jeunesse.


Mots-clés :

Jeunes, crise, autonomie, politiques de jeunesse, mouvements sociaux


Extrait :

(...) Générations « déclassées », « perdues », « sacrifiées » : nombreux sont les termes médiatiques et scientifiques qui évoquent ce paradoxe de générations en moyenne plus diplômées que les précédentes, mais confrontées à des conditions de moins en moins favorables à l’entrée sur le marché du travail et à un avenir socio-professionnel plus incertain. Dans tous les pays d’Europe, et dans la plupart des sociétés mondiales, la dégradation de la situation économique affecte en priorité les « entrants » sur le marché du travail, donc les plus jeunes, et les soumet à de nouvelles formes de vulnérabilité. Les récents rapports de l’OCDE* soulignent par exemple l’augmentation massive des « NEETS » - Not in Education, Employment or Training - ni étudiant, ni employé, ni stagiaire - au sein des sociétés occidentales. Plus encore, la crise soulève le risque d’une génération particulièrement pénalisée sur le long terme et l’enjeu social d’un « effet cicatrice » : en comparant les trajectoires socio-professionnelles de différentes générations, Louis Chauvel** a montré à quel point les difficultés initiales sur le marché du travail pouvaient se répercuter, tel un jeu de dominos, sur l’ensemble des parcours ultérieurs, par le jeu cumulé de contrats plus précaires et de moindres salaires. L’ampleur de ce phénomène diffère bien entendu selon les pays, mais il s’avère d’autant plus important dans des sociétés dont le marché du travail est segmenté en fonction de l’âge : c’est le cas actuellement sur le marché du travail français, qui tend à privilégier les 30-45 ans, ou au Japon lors de la « décennie perdue » des années 90, où les jeunes en attente se sont vus, la croissance revenue, délaissés au profit des plus fraîchement diplômés.

De fait, la crise met à l’épreuve les modèles européens d’intégration de la jeunesse. Du nord au sud de l’Europe, les politiques publiques réagissent très différemment à cet enjeu de l’autonomie et dessinent des expériences particulièrement contrastées de la jeunesse***. (...)  * VAN DE VELDE C. (2011), "Indignés : les raisons de la colère", Cités, Paris, PUF, n°47-48, pp. 293-297. ** OCDE, 2010. *** CHAUVEL L. (1998), Le destin des générations. Cohortes et structures sociales, Paris, PUF.

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