L'Observatoire n° 22
la place du (service) social dans l'hôpital
Hypertechnicisé,
fortement hiérarchisé, en prise avec le contexte économique,
l'hôpital laisse peu de place à la fonction sociale pourtant
essentielle à la rencontre du patient dans sa globalité. L'Observatoire
propose une réflexion sur le travail des intervenants psychosociaux
et plus particulièrement la place qu'occupe le service social
en milieu hospitalier.
Sommaire
Editorial
Evolution
de l'hôpital face aux questions sociales - A. Duchaine
Le service social à l'hôpital: le grand virage - J.-G. Godeaux
Statut du service social hospitalier - H. Mora
Y a-t-il un service social dans l'hôpital? Ou peut-on imaginer un
hôpital sans service social? - A. Cocle
La gériatrie: un service qui lie le social et l'économique - J. Gielen-Séverin
Et si on mesurait l'impact du social dans l'activité médicale de l'hôpital?
- Ch. WOLFS
La médiation interculturelle dans les hôpitaux: état des pratiques
en Wallonie- A. Ahkim
Impromptu psychosocial - E. Bolssens
L'Espace-Enfants: un lieu pour l'enfant confronté à la maladie d'un
parent - B. Gaspard, S. Price, A.-S. Quintart
Ailleurs en Europe - J. Hens
Formation initiale, formation complémentaire, comparaison européenne -
J. Hens
A l'hôpital ou ailleurs, le social est une exigence - D. Vrancken
Editorial
Qui oserait nier l'importance de l'hôpital
dans nos cités? Non seulement, nous avons tous franchi leurs portes, comme
patient ou visiteur, mais nous entendons quotidiennement les chroniqueurs
nous vanter les progrès de telle ou telle technique, les miracles d'un nouveau
traitement, d'un nouveau matériel. Corollairement, les mêmes chroniqueurs
nous informent du coût grandissant de ces citadelles de la santé. Et effectivement,
qu'y a-t-il encore de commun avec les établissements du siècle dernier où
l'on soulageait la maladie plutôt que la guérir, où, dans bien des cas,
nos aînés terminaient leurs jours dans de vastes salles communes aux allures
de mouroir? Aujourd'hui l'hôpital est performant, efficace, la médecine
dompte de nombreux maux, prolonge les vies. Les puissants moyens diagnostics,
les structures de traitement de l'hôpital moderne contribuent activement
au progrès de la santé publique. Parallèlement, le système de protection
sociale permet à la majorité de nos concitoyens d'accéder à ces temples
de la santé.
Que vient faire le social dans ce meilleur des mondes technologiques? Car,
à bien y regarder, les assistants et infirmiers sociaux constituent une
minorité des travailleurs hospitaliers: moins de 0,5 %. Et, dans le meilleur
des cas, leurs interventions concernent 12 % des patients. Si dans un CPAS
ou une maison d'accueil, le service social constitue le levier de l'action
sociale, que représente-t-il au sein d'un établissement hospitalier?
Mais notre présentation idyllique de l'hôpital n'est qu'un trompe-l'oeil!
Tout performant qu'il soit, la clinique, l'hôpital moderne doit relever
des défis permanents. L'établissement hospitalier s'inscrit dans un contexte
de concurrence, sa performance ne peut être uniquement médicale, elle doit
être économique. Le Ministère de la santé publique, dans le souci permanent
de contenir les dépenses de santé, modifie les règles de financement, établit
des comparaisons entre les hôpitaux. Ces courses au rendement médical rejaillissent
sur des concurrences locales: "Mon établissement doit être médicalement
le meilleur, mais aussi le plus accueillant, celui qui assure le plus efficacement,
le plus humainement la réinsertion sociale des patients convalescents".
Et justement, sur le plan social, les progrès médicaux creusent le fossé
entre l'hôpital et la cité. La diminution des durées de séjour, l'efficience
des techniques de soins font que les malades quittent l'hôpital souvent
trop tôt que pour prendre immédiatement leur destinée en charge. La clinique
doit organiser les relais avec la médecine de première ligne, médecin de
famille ou services de soins à domicile, s'assurer que les traitements,
indispensables pour prévenir toute réhospitalisation, seront correctement
compris et dispensés. L'efficacité médicale, parfois un peu "froide", va
de pair avec l'humanisation de l'hôpital. C'est ici la rencontre du social
et du médical. Si hier, et aujourd'hui encore, les assistants et infirmiers
sociaux sont assimilés au paupérisme et à la précarité, à l'action caritative
dans les domaines de la santé, ils sont, dans l'hôpital moderne, les professionnels
les plus compétents pour relever les défis d'humanisation.
Le service social est "un service professionnel aux individus et aux groupes
en vue de les aider à atteindre un meilleur fonctionnement social dans un
milieu culturel donné". Cette définition de 1961 reste d'actualité malgré
l'évolution du monde hospitalier.
Vers une reconnaissance du service social hospitalier
La mutation de l'hôpital, les professionnels du social la vivent pleinement.
Le malaise engendré par ces transformations conduit les assistants et infirmiers
sociaux à mener une réflexion sur l'apport de la profession à l'hôpital
moderne, à ses patients, à la société toute entière. Cette prise de conscience
de l'importance de la dimension sociale de l'hôpital mène à l'instauration
d'associations professionnelles, à la participation active aux recherches
parrainées par le Ministère de la santé publique sur le caractère social
de l'hôpital. Nous assistons à l'émergence d'une nouvelle approche du métier.
Aujourd'hui encore personnel administratif spécialisé, les travailleurs
sociaux s'impliquent davantage dans les processus de soins, dans les stratégies
de réinsertion médico-sociale des patients. L'hospitalisation est une étape
transitoire dans la vie de la personne, étape orientée vers son rétablissement
et sa réintégration dans son milieu d'origine ou dans un milieu adapté à
son nouvel état. L'OMS définit la santé comme un "état de bien-être physique,
mental et social et non seulement une absence de maladie et d'infirmité".
Se baser sur cette définition sous-entend une prise en charge du patient
dans sa globalité, c'est-à-dire non seulement de toutes les facettes de
sa personnalité mais aussi de ce qui l'entoure, qu'il s'agisse de la famille,
du milieu de travail, du cadre de vie... Avec le concours de tous les intervenants
internes et externes, les travailleurs sociaux aident les patients à maintenir
et/ou à reconstituer leur tissu social. Ils s'inscrivent donc comme partenaires
de l'équipe multidisciplinaire en faisant l'apport d'une vision environnementale
du patient. Cette intégration implique la reconnaissance du service social
dans la loi organisant les hôpitaux, la détermination d'un statut, de normes
claires et d'un mode de financement précis.
Ce nouveau champ du social, récent mais irréversible, justifie que l'Observatoire
y consacre un dossier. Nous découvrirons l'évolution de l'hôpital face aux
questions sociales. Nous verrons ensuite quels peuvent être les apports
du service social dans les plateaux administratifs de l'hôpital du troisième
millénaire. L'analyse du statut du service social hospitalier nous éclairera
sur les perspectives d'organisation du service. Enfin, diverses contributions
illustreront le rôle du service social et la vision que peuvent avoir d'autres
acteurs du champ social de la santé telle l'asbl "Cancer et psychologie".
Jean-Géry GODEAUX.
Assistant social, chef de service au Centre Hospitalier Régional (CHR) Citadelle,
Président de l'Association des Infirmiers et Assistants Sociaux Hospitaliers
de la Province de Liège
Jacqueline HENS.
Responsable du service social et des services d'inscription du Centre Hospitalier
Hutois (CHH)
Présidente de l'Association Européenne des Assistants Sociaux Hospitaliers et
de la Santé
|