Article extrait de l'Observatoire n°33/2001-2002 - rubrique coup d'oeil
L'internet. Pour qui? Pourquoi?
C'était il y a quelques mois, je regardais une chaîne française, ils sont apparus l'un après l'autre sur mon petit écran, Wladimir Illitch Lénine, le Mahatma Gandhi, Maximilien Robespierre, un Mexicain sous son grand sombrero (Pancho Villa? Zapata? Peu importe), Ernesto Che Guevara enfin. Ils parlent: "la révolution... tous les hommes sont libres de s'exprimer et de communiquer... sans frontière sans censure... avoir accès à toutes les richesses du monde, au savoir, au commerce". Au commerce! Comme chute, c'est plutôt brutal. On commence par la révolution, on termine par les affaires! Cette annonce télévisée vantait les mérites de Liberty Surf, un fournisseur d'accès gratuit, promettant l'entrée à l'oeil sur la toile. Gratuit! Chapeau bas! Lénine enlève sa casquette. Il devrait pourtant se douter que si l'entrée ne coûte rien, Liberty Surf se paie à la sortie, en publicité.
Une révolution qui se termine en commerce, et si c'était cela, finalement, Internet? Internet. le grand mot est lâché. On dit la presse, le cinéma, la radio, la télévision, on ne dit souvent qu'Internet, sans article, avec I majuscule. Est-ce donc une personne, un dieu? Et si c'était le dieu du nouveau siècle, tout simplement, si Internet ouvrait la voie d'un monothéisme neuf, naturellement planétaire, le dieu de la globalisation?
N'acceptons pas. Ni dieu, ni maître. Privons d'érection cet initial: l'internet, écrivons-le comme ça, sans plus, sans chichi sans fioritures. Ce n'est qu'un outil parmi tant d'autres.
C'est vrai qu'il est très prometteur. Eblouissante richesse du multimédia: textes, sons, images fixes ou animées y cohabitent, s'y mêlent, créent un nouveau langage, l'écrit s'ajoute à l'audiovisuel et voilà l'audioscriptovisuel. C'en est fini du sens unique, cela va et vient, aller-retour, on peut devenir producteur de messages, devenir enfin l'EMEREC, l'homme tout à la fois EMetteur et RECepteur dont rêvait le communicologue québécois Jean Cloutier. C'est interactif, il faut chercher, solliciter les informations que l'on veut recevoir, on peut voguer, surfer d'un message à l'autre, nouer des contacts, participer à des forums de discussion (des chats, prononcez tchattse) et en toute liberté.
Il a fallu des siècles pour conquérir une pleine et entière liberté de la presse, la liberté de l'internet est acquise d'emblée. On a beau tenter de fixer des limites, la répression est faible, inefficace, l'expression n'est presque jamais censurée. Les discours révisionnistes, la négation de l'existence des chambres à gaz sont interdits? Tant pis, ils courent sur la toile. Le livre que le médecin de F. Mitterrand consacre à la maladie de son présidentiel client est saisi? Dès le lendemain, il est disponible, il suffit de se brancher...
Cette fabuleuse liberté éveille des espérances. Soudain le rêve des fondateurs de la démocratie semble pouvoir se réaliser. Le rêve de Thomas Jefferson, qui préférait "des journaux sans gouvernement à des gouvernements sans journaux" parce que "là où la presse est libre, et où chacun est capable de lire, tout est sauf": sur l'internet, il n'est même pas toujours besoin de savoir lire. Le rêve de Mirabeau, qui appelait "la liberté de la presse, la liberté la plus invincible, la plus illimitée, la liberté sans laquelle les autres ne seront jamais acquises", une liberté, donc, qui conditionne toutes les autres. Et dont, sur l'internet, nous disposons tous.
L'idée de base - le mythe? - de la démocratie est que les citoyens, libres et égaux, rationnels, raisonneurs, raisonnables, cherchent ensemble à déterminer les voies de l'intérêt général, du bien commun. La presse fut le lieu où ce débat pouvait le mieux se tenir. Mais les feuilles d'opinion sont devenues vite des lieux de combat plutôt que de débat, journaux ne parlant qu'à un public de convaincus, ne favorisant pas l'échange. L'internet, capable d'ouvrir et développer un grand débat universel, rassemblant tous les hommes à travers la planète, semble aujourd'hui former une mondiale agora. Le citoyen doit être informé, et l'internet est aussi source, rivière, fleuve où les nouvelles s'écoulent en permanence, on en trouve plus que dans son journal, on peut se brancher sur une agence de presse, être à l'écoute du monde entier.
Une révolution. Mais pour qui, et pour combien de temps?
Hier déjà, les espoirs ont été déçus qu'avaient fait naître les possibilités d'interactivité offertes par la radio et la télévision. Aujourd'hui de même, les commerçants, à l'échelle planétaire s'attachent à faire passer l'internet de push medium en pull medium - c'est comme ça qu'ils disent - ils cherchent à le transformer de média de l'activité en média de la passivité. Ils encouragent notre paresse pour pouvoir continuer de s'adresser à nous comme à des clients en voie de domestication, et ils en ont largement les moyens. Ils peuvent consacrer de gros moyens à la réalisation - à la présentation - de leurs sites, les rendre si attrayants qu'apparaît misérable ce que nous, pauvres amateurs, pouvons réaliser.
Les sites les plus en vue regorgent de bandeaux publicitaires et déjà des instituts de mercatique se préoccupent de déterminer qui sont et que sont les internautes, afin que les annonceurs puissent adresser à chacun les messages les mieux adaptés à ses styles de vie et surtout de consommation.
Les boutiques de commerce électronique se multiplient, on entre dans une nouvelle économie, celle de l'immatériel, déjà débordante de faillites car c'est bien coûteux d'installer un site, de le faire vivre, de le mettre à jour, d'attendre parfois longtemps des visiteurs. En viendra-t-il? Mais bon, il faut en être, même si ceux qui en profitent sont souvent ceux qui sont déjà riches et puissants, et qui s'associent pour nous tendre leurs pièges sur la toile, toile d'araignée où l'on guette notre passage. Des annonceurs s'associent à des éditeurs pour créer des pages: nous avons besoin de conseils familiaux, nous nous branchons sur ParentTime, sans savoir qu'il s'agit de promotions installées par Procter & Gamble associé à Time Warner, pour nous inciter à consommer les produits de l'un et les magazines de l'autre. Les conseils ne sont pas désintéressés et les conseilleurs nous voient en payeurs.
Que choisir?
Voici le temps de l'abondance. L'offre ne cesse d'enfler. On nous promet déjà que, grâce au numérique, nous pourrons bientôt recevoir chez nous 500 chaînes de télévision, pourquoi pas 500 journaux? Au premier abord, cela doit satisfaire tous ceux qui ne rêvent que d'accumuler, n'ont qu'une vision quantitative du monde, ont passé de bonnes vacances parce qu'ils ont bouffé des milliers de kilomètres, sont de grands amoureux parce qu'ils ont connu bibliquement tant de femmes.
Mais que voir quand on peut tout voir, qu'entendre quand on peut tout entendre? Enregistrer? Mais qu'enregistrer quand on peut tout enregistrer? Comment gérer son zapping sans se perdre dans le flot tumultueux des multiples abondances, comment gérer ce flux qui dépasse notre capacité d'absorption? Comment maîtriser ces informations que l'on accumule? On peut se brancher sur une agence de presse, mais ne faut-il pas alors réaliser soi-même le travail de sélection et de commentaires qu'assument aujourd'hui les journalistes.
Il faut trier les apports d'un média qui véhicule le meilleur et le pire, l'essentiel et l'accessoire, la réalité et la fiction, le vrai et le faux, la promotion dissimulée sous les traits de l'information, un média qui charrie tout et son contraire, la voix de José Bové que l'internet a porté du Larzac aux manifestations antimondialistes de Seattle, la voix du sous-commandant Marcos répercutant la plainte des indiens du chiapas, mais aussi les grincements, beaucoup plus nombreux, ponctués de croix gammées, des nostalgiques d'Adolf Hitler, archéo-, néo- ou simplement nazis tout court?
Les pièges se multiplient, il est bien facile d'y tomber, il y a aux Etats-Unis deux sites de la Maison Blanche, l'officiel et le pornographique; en Autriche deux sites de Haider, le vrai qui tente de donner une image plutôt rassurante, le faux de plus en plus caricaturalement facho. Car n'importe qui peut ouvrir un faux site, l'intituler albertdebelgique@laeken.be, falsifier une adresse de courrier électronique, trafiquer une photo.
L'internet est aussi un jeu. Le 11 septembre 2001, la télé ne cesse de montrer en bouche les images mises en scène par le réalisateur Ben Laden. Fascinés, nous n'entendons plus les commentaires des journalistes et des experts qui tentent de nous apporter de premières explications. Si nous espérons trouver sur l'internet des réponses aux questions que nous nous posons, nous y rencontrons d'abord et surtout les bobards sur les juifs qui étaient au courant de l'attentat et ne sont pas venus travailler ce jour là, sur la bible retrouvée intacte dans les débris fumants, sur les inévitables prophéties de Nostradamus adaptées aux besoins de la situation. Il n'y a là rien de neuf par rapport à ce qui se raconte d'ordinaire en de telles circonstances, sauf que la nouvelle technique accélère et élargit la circulation des ragots.
Que comprendre?
Les médias ont aujourd'hui gagné leur longue bataille contre temps et espace, ils peuvent nous montrer les choses les plus lointaines au moment-même où elles se produisent, nous plonger en direct dans les événements: on y est, on les vit, en plein dedans mais peut-on y comprendre quelque chose? Comme le Fabrice de La Chartreuse de Parme, que Stendhal nous montre errant dans la bataille de Waterloo: la fumée, le grondement des canons, des tambours, les cris des blessés, mais qui gagne, qui perd? Il ne sait pas, il est perdu. Comme nous qui sommes égarés dans le bruit et la fureur du monde que l'internet met à nos portes.
Nous voudrions pourtant être partout. Devenir passe-murailles, c'est un vieux rêve, c'était un éternel thème littéraire, rappelons-nous le Don Cléophas du Diable boiteux de Le Sage, pour qui le démon Asmodée soulevait le toit des maisons madrilènes. Mais l'ouvrage assortissait cette exploration de nombreux commentaires, satiriques, ou moraux. Trop souvent aujourd'hui, ce qui compte c'est de voir, pas vraiment de comprendre. Les gloutons optiques n'éprouvent pas le besoin de tirer des leçons, l'essentiel pour eux n'est même pas de regarder, simplement de voir. Et de pouvoir ensuite, fièrement, dire: "j'y étais!"
On peut déjà se brancher sur le Loch Ness, espérer, guetter à tout moment un friselis de l'onde indiquant que le monstre va pointer son antédiluvien museau. Demain, des milliers, des millions de caméras mouchardes surveilleront le monde pour l'offrir à tout le monde, et l'on pourra tenter sa chance, surveiller jour et nuit tel carrefour dangereux - si on tombait sur un bel accident! - surveiller telle banque - si on pouvait assister à un beau braquage! - guetter les alentours des tours - si se produisait un bel attentat! Etre les premiers à appeler l'abondance ou les flics, ou même pas, après tout, on est trop loin, suffit d'attendre leur arrivée.
On nous sollicite. Miss June Houston est paranoïaque, une douce paranoïaque, mais enfin, elle a peur des fantômes. Elle n'a personne pour la protéger, et d'ailleurs elle ne souhaite avoir personne chez elle juste des regards. Elle a donc installé quatorze caméras de surveillance et vous pouvez lui adresser un message s'il appert qu'elle se couche sans méfiance alors qu'il y a un revenant sous son lit. Il est des internautes pour prendre un tel rôle au sérieux et lui adresser régulièrement leurs rapports d'observation...
Que dire?
Mais ne soyons pas passifs, cherchons les rencontres, participons à des débats. Encore faut-il nous y exprimer.
Il est des interlocuteurs dont le site n'offre au fond qu'une image, la leur. Ils installent chez eux une, deux, x caméras de surveillance, on dit des web-cams, filmant en permanence, permettant à tout un chacun de se brancher sur leur appartement, de le surveiller. Le ménage est-il fait? La vaisselle est-elle rangée? Cela fait penser à ces petites maisons hollandaises qui n'ont pas de rideaux, de sorte que tous les paroissiens passant dans la rue puissent constater qu'on y a rien à cacher, que tout est bien propre et convenable. Mais ici les spectateurs ne sont pas des censeurs, ils veulent tout voir, c'est l'intimité des habitants qu'ils souhaitent voir dévoilée. Vont-ils se déshabiller? Pourra-ton les voir à poil? Et même peut-être, qui sait, forniquer? Il s'installe une sorte de Loft Story permanente où des exhibitionnistes parlent à des voyeurs. Ces exhibitionnistes n'ont rien à nous dire. Leur message, ce n'est qu'eux: "Regardez-nous!"
Il y a des forums de discussion où l'on cause sans avoir rien à dire. On cause comme quand on se rencontre dans un magasin. "Bonjour, ça va?", "Pas mal et toi?". La pluie, le beau temps, on refait le monde comme jadis au Café du commerce.
L'internet, nous dit-on, c'est l'ouverture au monde, voilà le village global rêvé par McLuhan, on dialogue par-delà les airs et les océans, c'est l'ouverture aux autres mais c'est trop souvent la recherche de miroirs où se contempler soi-même. Trouver un interlocuteur des antipodes, mais qui nous ressemble et partage nos centres d'intérêt dans ce qu'ils ont de plus minces, nos manies dans ce qu'elles ont de plus anodin. Créer une communauté réduite aux aguets, autour d'un sujet minuscule. Les nains de jardin (rien qu'en France au moins dix sites sur ce thème) ou les escargots qu'il s'agisse de les voir vivre, de les élever, de les manger cru ou de les cuisiner. Ou divers autres n'importe quoi.
Que devenir?
Il faut apprendre à se connecter sur le net sans se déconnecter de son voisinage.
L'habileté à circuler sur la toile donne aux jeunes une impression de liberté vis-à-vis de ceux, plus âgés, qui n'ont pas encore les mêmes capacités. Ils aident leurs parents et ne veulent plus se faire aider, c'est sans surveillance qu'ils tombent dans les pièges séducteurs de certains sites. Pour leur travail scolaire, ils pensent pouvoir se passer de leurs professeurs et ils recueillent des infos dispersées, disparates, qui ne peuvent former un ensemble cohérent.
Le sentiment de liberté nous grise, pourquoi ne pas en profiter pour nous échapper?
Echapper aux autres, à soi-même aussi peut-être. Croire qu'on se libère. Car on peut se présenter anonymement ou sous une fausse identité, créer une relation de mensonge, fuir dans une vie fantasmée dont on use pour quitter son couple, sa famille, une relation qui peut durer mais généralement se termine tristement, la rupture coïncidant avec la disparition d'un interlocuteur dont on ignore l'identité, perdu à jamais.
On est timide, on se réfugie sur l'écran, on est seul, on cherche de la compagnie. On fuit la solitude, l'ennui, l'insatisfaction conjugale ou familiale, le stress professionnel, la dépression, l'anxiété, les difficultés financières, le doute sur soi et/ou son apparence, on fuit et ne revient pas toujours.
On s'immerge dans le flux des messages. Il faudrait se donner une diététique, ne pas aller au-delà de ce que l'on peut percevoir, comprendre, mémoriser. Mais trop d'internautes préfèrent la boulimie. L'internet est pour eux une assuétude dont il faut les soigner.
L'internet devient une drogue, l'internet rend malade. Il y a au moins 6% d'Américains qui y naviguent dix heures, et plus par jour, on les appelle netaholiques et on se préoccupe de les désintoxiquer, de les libérer de leur dépendance comme on fait des drogués et des alcooliques avec lesquels ils partagent bien des symptômes.
On soigne cette intoxication comme on soigne le reste. Les sites dits de santé sont parmi les plus souvent demandés sur la toile. Il est des sites rigoureux mais souvent difficiles à comprendre, mais aussi nombre de références, qui concernent les médecines non traditionnelles, alternatives, les plantes, la chiropraxie, l'acuponcture, après tout pourquoi pas, mais aussi hélas les guérisons sur photo, les cures miracles contre le cancer, le surcroît pondéral, j'en passe et des pires, et ces sites-là, sites de propagande, ont un langage simple et aguicheur et font des adeptes.
Le secteur des médicaments, les meilleurs comme de la sainte farce, est lui aussi en expansion; le viagra doit là une bonne part de son succès. Les médecins sont confrontés à des malades surinformés - mais malinformés - avec lesquels ils perdent un temps précieux à discuter, s'expliquer, se justifier...
Comment résister?
Les travailleurs qui manipulent des choses cèdent de plus en plus la place à ceux qui manipulent des images, à ceux qui produisent, interprètent, stockent, transmettent des informations, des données qui vont circuler sur le net. Beaucoup peuvent aisément travailler à domicile et il est de plus en plus facile pour une entreprise de recourir aux services d'indépendants payés à la tâche, ou aux services d'une firme de travail à distance, de passer facilement à la concurrence lorsque cette dernière se révèle plus performante, d'aller chercher partout dans le monde les lieux où les exigences salariales et les protections sociales sont les moindres. On entre dans le règne de la délocalisation permanente. L'individualisme, l'esprit de compétition sont encouragés plutôt que la solidarité. On laisse en route les maillons faibles!
L'action collective devient plus difficile, voire impossible, à moins de prendre des formes nouvelles, d'organiser des réseaux de résistance qui, eux aussi, passent les frontières, de constituer des syndicats transnationaux, de développer de nouvelles formes d'action. Déjà les adversaires de la globalisation tissent de tels réseaux - ceux qu'on dit antimondialistes mondialisent déjà leur action. Mais celle-ci ne mobilise pas encore les plus démunis, les plus vulnérables, à qui il importe de fournir des armes.
J'ai retrouvé un écrit du sociologue Algred Willener, son rapport de minorité à la Commission fédérale des médias helvétiques. Ce texte (Notre Bain quotidien) a été publié en 1982 mais reste d'actualité, et parfaitement adapté aux problèmes actuels, il suffit d'y remplacer les médias par l'internet. Cela donne: "Plus on aurait besoin de ce que l'internet peut apporter d'informatif et d'éducateur et moins on est en situation de le recevoir. Moins on a de formation scolaire et sociale pour se défendre contre la propagande explicite, et surtout implicite, diffusée par l'internet, et plus on est en situation d'être soumis aux messages qui en contiennent. Non seulement les messages les plus pauvres sont reçus par les moins riches en information et en éducation, mais c'est eux qui courent le risque le plus grand de tomber dans un état de dépendance à l'égard de l'internet. Ces tendances se cumulant, les moins informés et éduqués tendent à régresser, alors que les mieux informés et éduqués tendent à progresser."
Tel est l'enchaînement qui mène, sur le plan du culturel comme du social, les riches à pouvoir s'enrichir, et les pauvres à devenir plus pauvres encore.
On ne peut l'accepter. il faut mettre en oeuvre une éducation aux médias qui donnerait aux jeunes - et pas seulement aux jeunes, l'éducation doit être permanente, nous accompagner toute notre vie - l'esprit critique nécessaire à tout citoyen. Former des individus autonomes, capables de se poser de vraies questions, celles qui se rapportent à la place qu'ils tiennent dans le monde, un monde auquel ils ne peuvent se soustraire et qu'il leur appartient donc d'accepter ou de changer, auquel en tout cas ils doivent participer. Former des citoyens informés, capables de se remettre sans cesse en question, capables d'agir et réagir en connaissance de cause, après réflexion et délibération, sans se laisser emporter par la passion et les préjugés. L'existence d'une démocratie véritable est à ce prix. La tâche est immense mais elle est nécessaire.
Gabriel Thoveron. Professeur émérite de l'ULB.