L'Observatoire n° 33
Citoyenneté. Quelles réponses
derrière le concept?
Se modulant, s'élargissant au cours de l'histoire, le concept Citoyenneté est devenu pluriel. Il renvoie à quantité de réalités politiques, économiques, sociales, écologiques et se décline en autant de réponses: simples bonnes intentions, véritables pistes pour un mieux vivre ensemble ou appels plus ou moins déguisés visant surtout à plus de normalisation et de contrôle!
Sommaire
Editorial
Définition. Recadrage (M. Martiniello)
D'Athènes à Seattle, la citoyenneté en révolution (V. Legast)
Economie socialement responsable. Histoire de stratégie et de respect. Histoire d'un monde meilleur? (E. Robertz)
Shell, une entreprise citoyenne (J. Hermans)
Autre monde. Ou effet de mode? (S. Vetro)
Solidar©ité, une année citoyenne pour construire et se construire (l'équipe de Solidar©ité)
Brèves remarques sur... les jeunes, le travail et la citoyenneté (J. Hamel)
Du cri de détresse à la participation politique ou la citoyenneté des plus pauvres par la lutte collective
(J. Fourneau)
"Parlons-en" du Relais social de Charleroi (l'équipe de Parlons-en)
Pour une participation citoyenne: la Maison de la Citoyenneté du CPAS de Liège (A. Werquin, J. Croonen)
Citoyenneté, représentation, grande pauvreté
(D. Bernia, J. Fierens, J. Meurant, G. Mus, P.-Y. Verkindt)
Etre Citoyen et analphabète? (Th. Verhoeven)
"Médias et citoyens: sur la même longueur d'onde" (FRB) (N. Carpentier)
L'information: moteur de Citoyenneté (V. Legast)
Le journal C4: un laboratoire citoyen (N. Ryckewaert)
En route vers un internet Citoyen (P. Lelong)
ATTAC un réseau citoyen international (A. Zacharie)
Tous résidents, tous citoyens: vers l'égalité des droits
(M. Mottard)
Le congé de citoyenneté un outil pour la Démocratie (L. Gaudier)
L'éducation à la citoyenneté: une urgence (M. Herode, Cl. Pahaut)
Absentéisme & citoyenneté. L'éducation à la citoyenneté à l'école (C. Crémieux)
Moins d'agressivité et plus de courtoisie sur les routes
(B. Godart)
Sécurité & Citoyenneté
(A.-L. Wibrin, J.-M. Chaumont)
Citoyenneté: des enjeux bien paradoxaux (P. Thys)
Editorial
Est-ce sa largesse d'esprit, sa plasticité
intérieure, ses tons et couleurs "tendances",
son air tantôt "bien comme il faut", tantôt
"rentre dedans"... qui valent à la Citoyenneté
tant de récurrences?
Quoi qu'il en soit, elle est quasi omniprésente.
Elle paraît, transparaît, en point de mire ou
en filigrane, dans tant de discours, tant d'intentions: politiques,
économiques, commerciales, sociales, socio-économiques,
écologiques... qu'il nous a semblé intéressant
de s'y attarder, le temps d'un dossier.
Citoyenneté. Le concept n'est pas neuf,
il est même très ancien mais son contenu a changé.
Se modulant, s'élargissant, au cours de l'histoire,
des luttes et des confrontations qui la jalonnent, il est
devenu pluriel et renvoie aujourd'hui à une réalité
dynamique où s'entremêlent les relations complexes
qui se font et se défont entre l'individu, la société
et la nature. Marco Martiniello et Vincent Legast éclairent
notre lanterne et proposent dans leurs articles, définition,
contexte et recadrage.
Citoyenneté. Les réponses sont
multiples, nombreuses, variées et bourrées de
bonnes intentions. Elles donnent à l'homme qui n'a
jamais été aussi centré sur lui-même
l'occasion de rejoindre la communauté et d'agir dans
le collectif. Elles l'incitent à davantage d'expression,
de sens critique, de réflexion, de responsabilisation,
d'engagement. Elles lui permettent de passer à l'action,
d'accéder au statut d'acteur. Acteur de sa propre vie
pour commencer, ensuite du monde dans lequel il vit et surfe,
pour s'informer, communiquer, entrer en réseau...
Le dossier offre une vision kaléidoscopique
des réponses qui s'inspirent ou se réclament
de ce concept. Il traverse les champs de l'économique,
du travail et de la solidarité, du social et de la
participation des plus pauvres, de l'information, des médias
et des NTIC, des marches blanches et des mouvements sur l'espace
public, des réseaux associatifs et de l'engagement
personnel, de l'éducation et de la formation...
Le concept "sent bon" comme la promesse
d'un monde meilleur et chaque réponse porte en elle
cette promesse. On voudrait y croire et sans doute faut-il
y croire mais sans pour autant s'en laisser compter.
Démocratie, liberté, égalité,
tolérance, responsabilisation, engagement, solidarité,...
Sous ses quelques syllabes, le concept abrite en effet tant
de références, tant d'usages qu'il finit par
ne plus avoir de signification véritable. Il sonne
creux, il sonne vide ou pire, il sonne faux quand il permet
de présenter sous le couvert des "bonnes intentions"
de appels à plus de sécurisation, de mise en
conformité, de contrôle, d'aliénation.
Ce sont là les limites et les dérives d'un concept
qui ne peut pas tout. Epinglées de manière ciblée
par Anne-laure Wibrin et Jean-Michel Chaumont dans un article
sur la formation des policiers, elles sont aussi d'une manière
plus générale pointées du doigt par Pierre
Thys: "Ainsi, toutes les ombres peuvent se dissimuler
derrière les appels plus ou moins enragés à
la participation citoyenne; on se trouve dans une véritable
auberge espagnole, où chacun apporte ses espoirs nouveaux,
ses politiques essoufflées, ses rancoeurs inassouvies."
Colette Leclercq
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