couverture du n°40 Extrait d'un article paru dans le Dossier "Amour, sexualité, parentalité & Handicap physique " de l’Observatoire n°40/2003 ©

 

La vie affective et sexuelle des personnes handicapées physiques dans une perspective éthique de promotion de la santé

La problématique de la vie affective et sexuelle de la personne handicapée physique se situe dans un champ individuel et social: en tant qu’individu, la personne est concernée dans ses émotions, ses relations et ses capacités cognitives; mais en tant qu’acteur social, elle doit, avec d’autres qui partagent ses conditions de vie et ses références culturelles et idéologiques, revendiquer ses droits au bien-être. Les aspects individuels et collectifs de l’épanouissement affectif et sexuel de la personne handicapée physique sont indissociables l’un de l’autre: la sexualité, l’affectivité et le handicap revêtent des dimensions individuelles et sociales.
 
Nous vivons notre vie affective et sexuelle en fonction de notre propre évolution, depuis l’enfance jusqu’à l’âge adulte, en passant par l’adolescence; mais aussi en fonction de nos relations aux autres et du vécu des autres. L’autre, en tant qu’autre, est lui-même, comme nous le sommes, tributaire d’images collectives: des tabous, des idéologies, des représentations sociales. La dimension sociale entre, par ce biais, de plein fouet dans notre problématique de la vie affective et sexuelle: le regard que porte la société sur le handicap et sur la sexualité conditionnera, du moins partiellement, le vécu sexuel et affectif des personnes handicapées physiques.
 
Si la vie affective et sexuelle implique des prises de positions éthiques individuelles, elle implique également une éthique sociale: l’une et l’autre dépassent largement, dans la réflexion de sens, les apports des sciences de la nature et des sciences humaines. L’éthique sociale s’élabore essentiellement à partir d’actions collectives portées par des associations: elle revendique l’égalité de droit et de devoir pour des populations vulnérables, exclues ou marginalisées1.
 
Dans le champ de la vie affective et sexuelle, la réflexion de sens s’impose au niveau de l’individu qui cherche l’épanouissement personnel et au niveau des groupes qui revendiquent des droits à l’épanouissement pour des populations particulièrement vulnérables aux tabous sociaux. L’articulation de la dimension individuelle et de la dimension sociale, dans une perspective socio-politique, fait partie d’une évolution de la pensée qui pourrait poser des fondements d’une éthique en promotion de la santé. Si la vie affective et sexuelle fait partie du champ de la santé mentale, l’éducation affective et sexuelle et la promotion de la santé affective et sexuelle s’inscriraient dans le sillage de cette réflexion éthique, conforme aux nouveaux paradigmes en promotion de la santé: actions communautaires où les personnes concernées se réapproprient leur santé (empowerment), en développant des pratiques de groupes d’entraide et de respect des différences (peer counselling), pour déboucher sur de nouvelles pratiques sociales qui mettent en œuvre les compétences de chacun en vue d’un mieux être individuel et collectif.
 
Dans cet esprit, nous tenterons de développer la réflexion selon une double articulation:
• d’une part, resituer le paradigme de la promotion de la santé dans une perspective d’éthique sociale, fondée sur une réflexion épistémologique en sciences humaines;
• d’autre part, repartir de cette démarche pour situer la problématique de la vie affective et sexuelle des personnes handicapées physiques.
 
Les deux parties de l’exposé s’articulent de manière dialectique: le cadre éthique et politico-social de la promotion de la santé devrait fonder notre réflexion concernant la vie affective et sexuelle des personnes handicapées physiques; cette réflexion devrait, à son tour, concrétiser notre approche d’une réflexion de sens et d’une réflexion éthique en promotion de la santé.
 
Dans cette double démarche, nous serons attentifs:
• à l’évolution de la rationalité scientifique et le statut de la réflexion de sens;
• à l’impact d’une culture de la performance, de l’excellence et de l’individu, dans un contexte d’économie libérale;
• au rôle des représentations sociales, dans leur articulation avec la culture et les idéologies;
• à l’articulation entre la société civile et le décideur politique;
• à l’enjeu d’une éthique de la communication qui, dans le champ du handicap, respecte les déficiences, les différences et les compétences.

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Pr. Michel Mercier.
Département de Psychologie,
Faculté de Médecine. Namur. Belgique.