Article extrait du dossier Amour, sexualité, parentalité & handicap physique – Observatoire n°40/2003
Témoignage...
«Fais attention, tu risques d’être déçu!»
Xavier Lefevre a 30 ans. Il est arrivé à la Facere, une institution pour infirmes moteurs cérébraux, il y a une dizaine d’années. Avant, il se partageait entre chez lui et le centre d’enseignement et de traitement différencié où il était interne.
Xavier, qui ne peut se déplacer qu’en chaise roulante, «n’en veut plus trop à la vie», à force de travail sur soi et grâce à l’aide d’un psychologue.
Avec une certaine éloquence, il nous parle de lui, de sa conception de l’amour, de ses expériences, de ses envies.
Je suis enfant unique mais j’aurais bien aimé avoir un frère ou une soeur, plus vieux ou proche en âge. J’aurais pu discuter avec lui ou avec elle de tout ce qui interroge à l’adolescence. Comment on drague, comment on embrasse...
Maman a toujours été très proche et j’ai toujours pu parler librement avec elle. Mais une maman reste une maman et elle veut toujours me protéger, me mettre en garde. Quand je lui parle d’une fille par exemple, c’est toujours: «fais attention, tu risques d’être déçu!».
Bien sûr, il y a les copains mais du fait de nos handicaps, nos expériences de vie restent limitées et ils ne savent donc pas m’en dire beaucoup plus que je n’en sais. Ce qui me plaît dans les échanges, c’est la confrontation des idées et c’est évidemment plus riche quand l’interlocuteur peut faire part d’une autre vision des choses.
Bien sûr, il y a aussi les éducateurs mais leur regard reste toujours professionnel... et puis comme ils nous connaissent par coeur, il y a rarement de découverte dans nos discussions.
L’amour? Je ne pense pouvoir dire avoir déjà été amoureux. Par contre, j’ai déjà eu une expérience sexuelle... avec une prostituée. Ce n’était peut-être pas le top mais cela m’a ouvert les yeux...
C’est vrai que ce genre de demande (aller voir une prostituée) n’est pas facile à entendre et moins encore à organiser... Et puis, si les éducateurs sont prêts à faire le pas, la famille ne l’est pas nécessairement. Moi, j’ai la chance d’avoir, dans mon entourage proche, une personne qui me considère comme un adulte à part entière, avec des besoins et des envies d’adulte! C’est rare, je le sais...
Le fait de vivre cette expérience m’a permis de me débarrasser d’une sorte d’idée fixe. Maintenant je sais que ce qui m’intéresse avant tout, c’est le contact, l’amitié et... l’amour s’il se présente! Car c’est bien là que se situe toute la difficulté pour nous, hommes ou femmes handicapés: où rencontrer l’autre et donc les autres? comment sortir du petit monde dans lequel nous vivons?
Bien sûr, je vais au cinéma, faire des courses, visiter des musées... mais toujours en groupe et, si cela peut avoir un côté sympa, il faut bien reconnaître que cette allure de «troupeau» n’encourage pas vraiment les autres à venir à notre rencontre... On nous laisse entre nous!
Il arrive aussi que j’assiste à des concerts (Forest National, Cirque royal...), avec l’un ou l’autre copain (c’est déjà plus discret...), où j’ai connu des moments très forts d’émotion, de partage, de complicité avec d’autres dans le public, d’autres que je ne connaissais pas, qui ne me connaissaient pas. C’était fugace mais bien quand même.
Internet? Certains «chatent». Moi, je n’apprécie pas vraiment. Les rencontres restent factices, les gens trichent et moi, je préfère rester naturel...
Cela étant, internet m’a quand même ouvert de nouveaux horizons. Cette année, je suis parti en vacances avec l’Association des Paralysés de France, repérée sur internet par lequel je suis également passé pour m’inscrire et réserver... C’était génial! Les activités étaient nombreuses, intéressantes mais surtout j’ai pu me faire des supers copains. Des accompagnants pour la plupart. Filles et garçons. Depuis, on se téléphone, on s’écrit... Cinq sont venus me rendre visite au 15 août...
Propos recueillis par Colette Leclercq