L'Observatoire n° 46
La parentalité à l'épreuve de la précarité
Les parents précarisés ne sont pas moins compétents que les autres mais ils manquent de moyens pour exercer pleinement leurs rôles. Dans ce dossier, des auteurs appellent à une meilleure compréhension du vécu des parents précarisés pour aller au-delà d’une simple comparaison «normative»; d’autres insistent sur la nécessité de prendre en compte la famille dans sa globalité; d’autres encore proposent des pistes pour soutenir ces parents à asseoir leurs compétences en prenant davantage conscience et confiance dans leurs capacités éducatives.
Sommaire
Editorial
Familles précaires, familles compétentes (Ch. Barras, J.-P. Pourtois)
Vulnérabilités et compétences dans l’effort de transmission... (M. Jourdan)
Pères et mères en situation de précarité économique (Ch. Zaouche, O. Troupel)
Le droit à la protection de la vie familiale (extrait de Lance débat: 10 ans après le rapport général sur la pauvreté)
Pauvreté et placement des enfants (F. Mulkay)
Parentalité et précarité psychologique (Ch. Barras)
Modèle d’évaluation de la maltraitance en milieu précaire (B. Humbeeck, V. Braconnier)
Vulnérabilité psychosociale des parents demandeurs d’asile (B. Demonty, D. Jouret)
Les paradoxes de l’investissement scolaire en milieu précaire (B. Humbeeck)
Place et stratégies conscientes et inconscientes des parents issus de milieux modestes ou défavorisés dans leur rapport à l’école (E. Mangez)
Des programmes d'éducation parentale pour stimuler la compétence des familles (Ch. Barras, J.-P. Pourtois, B. Terrisse)
Echoline: un service d'accompagnement autour de la naissance (E. Queron, M. Sorel, N. Voisin) version corrigée
Parents et professionnels: une possible synergie de travail? (J. Roy)
Complémentaire à ce dossier, vous trouverez dans la rubrique Coup d'Oeil du N°47, une interview de Pascale Jamoulle, anthropologue, à propos de la paternité dans les mondes populaires
Editorial
Les parents précarisés ne sont pas moins compétents que les autres mais ils manquent de moyens pour exercer pleinement leurs rôles. Les manques ne sont d’ailleurs pas toujours à chercher dans leur histoire, leur fragilité, leur manière d’investir la parentalité. Trop souvent, on regarde les familles démunies comme des familles démissionnaires. Trop souvent aussi, on pointe du doigt leur responsabilité individuelle et on oublie... On oublie le contexte car il nous renvoie à notre impuissance à faire changer les choses, à faire que demain, il n’y ait plus de chômage, plus de dettes... On oublie les systèmes, leur manque de cohérence, de faculté à s’adapter, se complémentariser... On oublie le contexte culturel, sociétal qui favorise l’individu, décourage la solidarité, incite à la méfiance, au contrôle et nous empêche de reconnaître les capacités des parents précarisés à aimer et éduquer leurs enfants.
Rien n’est simple quand on vit avec un budget étriqué. Les parents précarisés, qui, quotidiennement, sont confrontés à des choix impossibles, doivent pour survivre, renoncer et s’accomoder de pis-aller. Mais ni la précarité, ni la disqualification sociale, qui vont souvent de pair, n’entraînent automatiquement une disqualification parentale. Le bien-être des enfants reste au centre des préoccupations de tous les parents, et dans les familles précarisées, la venue et la présence d’enfants peuvent être justement ce qui cimente la famille, assure sa cohésion, sa force, donne sens aux efforts pour tenir le coup, tenter de se frayer un chemin parmi les difficultés, maintenir un rythme, penser l’avenir... sortir de la pauvreté. Il importe donc, en premier, de renforcer la lutte contre la pauvreté pour permettre à ces familles de vivre dans la dignité. Et si les habiletés parentales sont altérées, meurtries, en doute, en attente d’un soutien, il importe alors, en second, de développer des programmes, des initiatives, des services qui redonneront aux parents précarisés toutes les chances d’une parentalité épanouie.
Dans ce dossier, des auteurs appellent à une meilleure compréhension du vécu des parents précarisés pour aller au-delà d’une simple comparaison «normative»; d’autres insistent sur la nécessité de prendre en compte la famille et son bien-être dans sa globalité; d’autres encore proposent des pistes pour soutenir ces parents à asseoir leurs compétences en prenant davantage conscience et confiance en leurs capacités éducatives, et en les aidant à trouver de l’intérieur ce qui rendra le changement, l’évolution possible.
Colette Leclercq
Colette Leclercq
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