Article extrait du dossier "Du Bénévolat au Volontariat" de l’Observatoire n°49/2006
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Evolution du Volontariat en Belgique
Les racines du volontariat 1
Jusqu'il y a peu, le terme bénévoles était le terme utilisé en français pour désigner les «personnes qui, en dehors du cercle familial, fournissent des services vis-à-vis d'un public ou d'une organisation sans en recevoir une contrepartie salariale». Le terme «volontaire», issu de l'anglais «Volunteers», comporte une dimension plus active qui va, peu à peu, se substituer au terme bénévole, jugé trop caritatif et historiquement marqué. Comme l'écrit Jacques Swick «le terme bénévole, qui a tendance a disparaître, vient de “bien” et a une connotation caritative de l'ordre des “bonnes œuvres”, tandis que le volontaire se situe au niveau de la volonté, de l'engagement»2. Selon la Loi sur le volontariat promulguée en 2005: «Le “Volontaire” est quelqu'un qui exerce une activité dans un organisation, sans rétribution ni obligation au profit d'autres personnes ou de la collectivité, en dehors du contexte normal de travail» (Loi du 3/07/2005).
L'engagement pour autrui et le bénévolat plongent leurs racines dans différents courants de pensée. De manière un peu grossière, on peut affirmer que les organisations volontaires sont héritières de deux traditions différentes: l'une catholique et plutôt bourgeoise et l'autre laïque et plutôt ouvriériste. Au XIXeme siècle, le bénévole bourgeois se retrouvait essentiellement dans deux secteurs: le secteur social (action vis-à-vis des plus pauvres) et le secteur médical. Les hôpitaux ont en effet fonctionné pendant longtemps avec du personnel essentiellement bénévole d'origine religieuse. En ce qui concerne le secteur social, il s'agissait de soulager la misère des plus pauvres tout en les «éduquant». Le maintien d'un certain ordre social passait par son humanisation. Les militants des associations ouvrières, dont certains avaient créé des caisses et associations d'entraide, contestaient quant à eux le bénévolat charitable car ils étaient convaincus que, seule, une transformation radicale du système économique et social pourrait transformer leur condition.
Tout au long du XIXeme siècle vont aussi se créer des associations militantes telle l'Association pour l'abolition de l'esclavage (1839), la Ligue belge des droits de la femme (1832), les Amis de la paix universelle (1848). La première Ligue des Droits de l'homme voit le jour en France en 1898, suite à l'affaire Dreyfus. Il s'agit ici de s'engager pour une cause. Les bénévoles engagés dans ces associations sont des militants.
Après la deuxième guerre mondiale, l'Etat Providence se met peu à peu en place: une série de domaines auparavant organisés et animés par les organisations charitables se professionnalisent et l'Etat en devient l'organisateur. Les courants de gauche continuent à se montrer soupçonneux vis-à-vis du bénévolat d'aide à autrui, qu'ils considèrent comme faisant le jeu du pouvoir. Une certaine image de «dames patronnesse» colle à ce type de bénévolat. Dans les années 1960, avec la décolonisation, apparaissent les organisations d'aide au développement. Si beaucoup commencent dans le giron de l'Eglise, elles vont peu à peu prendre leur indépendance vis-à-vis de celle-ci. Mais la démarcation «militants» et «bénévoles caritatifs» se remet en place au sein même de ces associations: aux «militants», l'action politique, aux «bénévoles», la collecte de fonds et l'envoi de colis dans le Tiers Monde… C'est également à cette période que naissent des organisations qui refusent d'être rattachées à des «piliers» traditionnels. Amnesty International, Médecins Sans frontières sont des exemples d'organisations de ce type.
Le volontariat aujourd'hui: ampleur et secteurs
On ne dispose pas encore à l'heure actuelle de données exhaustives en ce qui concerne le nombre total de personnes engagées dans des activités de bénévolat. D'après les études effectuées par le Centre d'Economie sociale de l'Université de Liège, 1,6 millions de personnes consacreraient une partie de leur temps au volontariat dans les 16.000 associations qui emploient également du personnel salarié. A côté de celles-ci, on recense un peu plus de 100.000 associations reposant uniquement sur du travail bénévole, dont la moitié (50.000) est estimée encore active actuellement. A ces associations, on se doit encore d'ajouter les associations de fait dont le nombre n'est pas connu. L'Institut pour le développement durable a tenté d'analyser les données provenant de l'enquête sur le temps des Belges (1999) pour établir le nombre d'heures consacrées au volontariat par la population belge3.
Il ressort de cette recherche qu'en moyenne, les hommes consacrent 49 heures par an à une activité bénévole et les femmes, 31 heures. Mais il s'agit ici de moyenne, ce qui signifie que certains en prestent beaucoup plus et d'autres beaucoup moins ou pas du tout. Il n'empêche que le nombre d'heures moyennes multiplié par le nombre de personnes est impressionnant.
Les bénévoles peuvent être actifs dans des secteurs très divers. La plate-forme pour le volontariat a crée un moteur de recherche en répartissant les associations entre l'éducation, l'environnement, la militance, la participation, le quartier, la santé, les solidarités internationales, le sport, l'action sociale, la santé, les droits de l'homme, la paix, la consommation durable, l'économie solidaire…
Au fur et à mesure de l'évolution de notre société, de nouvelles associations volontaires voient le jour. C'est ainsi que dans les années 1980, on a pu constater une croissance importante du nombre d'associations actives dans le secteur social.
Les hommes, les femmes et le volontariat
Lorsque la majorité des femmes, et notamment des femmes mères de famille, ne se retrouvaient pas sur le marché du travail, elles formaient le gros des bénévoles de base dans les organisations caritatives, de quartier, de soins à autrui, de parents d'élèves… associations prolongeant en quelque sorte les activités «maternelles» des femmes. Il faut noter que, hier comme aujourd'hui, les femmes sont nombreuses dans ce qu'on nomme le bénévolat informel: c'est-à-dire l'aide au tiers en dehors d'une organisation formelle. Il s'agit donc d'une activité bénévole qui n'entre pas dans la définition et la reconnaissance du volontariat4.
Par contre, le bénévolat dans les organismes à caractère politique et syndical, comme dans les fédérations sportives était, et est encore, majoritairement le fait des hommes. Il s'agit donc d'un bénévolat «visible» et organisé qui entre lui dans la définition du volontariat.
Une enquête, organisée par le CLEO de l'Université de Liège en 2003, montre que les hommes sont plus nombreux à appartenir à une association que les femmes: 70% des hommes sont membres d'une association contre 58% des femmes. Le pourcentage de femmes et d'hommes appartenant à une seule association est plus ou moins identique (30%). Par contre, les femmes sont nettement moins nombreuses que les hommes à faire partie de deux associations ou plus (27% de femmes contre 40% d'hommes)5.
La place de la femme dans la société a évolué ainsi que le monde des organisations volontaires. Il est intéressant de noter que des tâches remplies auparavant de manière bénévole par des femmes se sont professionnalisées mais tout en restant majoritairement remplies par des femmes (infirmières, soins à domicile, assistantes sociales…).
Par ailleurs, si la mixité progresse dans les organisations volontaires, on constate encore aujourd'hui que les hommes et les femmes ne sont pas volontaires dans les mêmes organisations et que, dans une même organisation, les hommes et les femmes n'occupent pas les mêmes fonctions. Par exemple, les conseils d'administration sont encore souvent à dominante masculine, même dans les organisations où les femmes constituent «le gros» des troupes. Ainsi, si 36,6% des femmes se déclarent membres actifs d'une association, elles ne sont plus que 14,4% à être «responsables» alors que les hommes, pour ces catégories, atteignent des scores équivalents (25,9% et 26,4%).
De la même façon, les femmes ont encore à négocier leur place dans les organisations politiques et syndicales. Elles sont 33,2% a faire partie d'un syndicat contre 37,9% des hommes et 8,3% à être membre d'un parti politique contre 10,4% des hommes.
Suite de l'article dans la revue...
Anne-Marie Dieu.
Sociologue. Chargée de recherche à EGID (Etudes sur le genre et la diversité en gestion),
HEC-Université de Liège.
1. Ce paragraphe est largement inspiré du texte «Altruisme et engagement humanitaire», que j'ai écrit en 1995, en introduction du Guide de l'action humanitaire, publié aux éditions de l'Octogone, pp 9-14.
2.Jacques Zwick, «Le volontariat, tendances et limites», in: Des associations, Fondation Marcel Hicter, 1987, p. 150.
3. Voir «Travail domestique,bénévolat,salariat: des formes d'activité sexuées», Annie DUSSET, in: Toutes engagées?, Chronique féministe, n° 77/79, janvier-avril, 2002, pp. 72-77.
4. «Femmes et Hommes en Wallonie, portrait statistique», IWEPS et CWEHF, 2006, pp. 63-64.
5. «Engagement,désengagement: à quoi passons-nous notre temps», Hedwige Peemans-Poullet, in «Toutes engagées?», Chronique féministe, n° 77/79, janvier-avril, 2002, pp. 88-91.