Extrait d'un article du dossier "La place de l'homme " L'Observatoire n°50 / 2007
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L'homme nouveau: mythe ou réalité? extrait d'une interview de Chris Paulis, Docteur en anthropologie et Chef de travaux à l’Université de Liège
Depuis quelques années, on parle beaucoup de l’homme nouveau. Qui est cet homme nouveau et finalement, est-il vraiment nouveau?
L'homme nouveau, c'est un concept qui marche, une image qui plaît, un produit qui fait recette... mais certainement pas quelque chose de nouveau. Les métrosexuels sont le bel exemple mais représentent-ils réellement une nouvelle catégorie d’hommes? N’y a-t-il pas toujours eu des hommes avec ce souci de soi? Pensons par exemple aux hommes de la Cour de Louis XIV à Louis XVI, qui se poudraient, se gominaient, se maquillaient, fréquentaient l’opéra...
Je dirais que l’homme nouveau, c’est plutôt comme un refrain qui revient régulièrement. Il suffit pour s’en convaincre de voir comment la pub s’en saisit. Il y a dix ou quinze ans, c’était l’homme maternant, le papa tendresse de l’eau de Spa; puis il y a eu, l’homme objet, l’homme sexy de Coca-cola light ou des calendriers de l’amicale des pompiers; aujourd’hui, c’est l’homme qui prend soin de lui, de son corps, qui vit seul, sans contraintes, qui reproche aux femmes de manquer de romantisme mais sur lequel plane aussi parfois une certaine ambiguïté quant à son orientation sexuelle...
Bien sûr, ces images sont des constructions marketing, elles jouent sur la nouveauté, elles créent la surprise, elles usent de toutes les ficelles connues pour atteindre l’objectif qui est le leur mais en même temps, ce ne sont pas des images en l’air, elles s’inspirent de la réalité et des changements qui sont à l’oeuvre dans la société. Par définition, une société - les structures, les comportements des individus, les rapports et relations entre eux, la manière dont le tout s’organise - n’est pas figée. Sous l’effet d’éléments politiques, démographiques, économiques, elle s’adapte, évolue.
On peut donc imaginer que derrière ces images même si elles sont un peu fabriquées, un peu factices, il y a une aspiration, un appel au changement, voire une certaine revendication de la part des hommes?
Effectivement mais est-ce une revendication au droit à l’égalité ou au droit à la différence? Vient-elle des hommes qui souhaitent sortir des rôles traditionnels dans lesquels ils s’épuisent, s’ennuient, ne se reconnaissent plus tout simplement...? Ou vient-elle des femmes qui, après avoir investi l’espace public longtemps réservé aux hommes, aspirent à ce qu’en retour, ceux-ci investissent l’espace privé?
Les deux sans aucun doute mais il est clair qu’à ce niveau, ce sont les femmes les plus actives, les plus revendicatrices. Ce sont elles qui veulent le changement; les hommes, dans leur grande majorité, sont beaucoup moins demandeurs. Même si certains sentent intimement ou en regard de ce qui se passe dans la société que les choses changent, et même si certains parmi ceux-ci aspirent finalement à ces changements, les hommes sont encore peu nombreux à oser le reconnaître et à oser revendiquer. D’où plutôt ce malaise identitaire perceptible chez nombre d’entre eux...
Et puis, la revendication féminine est aussi plus communément admise parce que l’on part toujours de l’idée que les hommes ont tout et que les femmes sont perpétuellement en reste. Que les femmes se plaignent fait finalement partie de l’ordre des choses, voire confirme un certain ordre des choses, alors que le militantisme masculin fait plutôt sourire ou est davantage assimilé à une exagération.
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