couverture du n°53 Extrait d'un article du dossier "La place de l'homme " L'Observatoire n°53 / 2007 ©

 

Les hommes en changement in Identité masculine entre changements, résistances et tiraillements

Bien sûr que des hommes changent! Le nier relève de la cécité sociologique. Nous sommes même dans une phase de transition qui n’a pas son précédent anthropologique quant aux transformations et à la reformulation du genre. De tout le genre. On a trop souvent effectué une analyse par trop idéalisée ou fixiste des changements. Les réalités sont plus pragmatiques, banales et évolutives. Parce que les amies qu’ils aiment, qu’ils trouvent belles, intéressantes, intelligentes, désirantes, sont des femmes modernes donc égalitaires - qu’elles se réclament ou non du féminisme - et parce que les privilèges attribués aux hommes s’amenuisent considérablement en particulier dans le domestique, les hommes mettent en oeuvre des pratiques et des imaginaires différents de leurs parents. Les changements masculins s’intègrent d’ailleurs aux autres changements: individualisme, libéralisme… Mais ce n’est pas le seul facteur qui modifie les rapports des hommes à la virilité: les mouvements gais, comme l’acception croissante de l’homosexualité transforment aussi les masculinités à l’heure actuelle. Beaucoup d’hommes se déclarent même ravis de se débarrasser de l’uniforme devenu inconfortable du macho, de s’ouvrir aux nouveautés. La modernité du corps - du corps redevenu entier après avoir été divisé par le genre - est l’ouverture à tous les plaisirs, et au choix: l’inversion, les jeux sur les pouvoirs dans la sexualité, le travestissement, se faire traiter de «lope», le transgenderisme, les bisexualités, la sur-féminisation, la sur-masculinisation, l’asexualité (apparue récemment comme pensée sur la multisexualité), le voyeurisme… bref la queer attitude et des jeux qui dépassent les enfermements traditionnels et hétéronormés (et surtout aujourd’hui ennuyants) du solo ou du duo; même pour ceux et celles qui se réclament de l‘hétérosexualité. A ce propos Shortbus est un film emblématique de l’époque.

 

Nos derniers travaux sur la France, la Belgique et la Grèce (Welzer-Lang, Le Quentrec, Corbière, Meidani, 2005,) montrent aussi que les hommes tendent à prendre de la distance avec la centralité du travail, ou du moins à évaluer le rapport coût/bénéfice, de moins en moins à l’avantage exclusif des hommes, d’un super investissement professionnel qui ne leur laisse pas avoir du «temps à soi». Là où des femmes de plus en plus nombreuses sur-investissent la sphère professionnelle avant de se heurter au plafond de verre qui limite encore leur accès aux hautes sphères de pouvoir.

 

La cohabitation avec une femme n’est pas toujours sans problème. Et les témoignages sont très explicites sur les critiques que subissent de nombreux hommes lors de leur première mise en couple. D’une part, parce que hommes et femmes, socialisés depuis vingt siècles dans la totemisation des différences n’ont pas toujours les mêmes symboliques du propre et du rangé, de l’érotisme et de sa place en couple5. D’autre part, ni les hommes, ni les femmes n’ont aujourd’hui de modèles clairs qu’ils/elles pourraient suivre. Et si les hommes doivent prendre des distances avec les constructions virilistes où ils ne parlaient jamais d’eux, devaient utiliser la violence comme mode de discussion et de régulation des conflits, les femmes sont aussi appelées à quitter la maternitude et les pseudos certitudes sur leur primauté quant à la préoccupation des enfants.

 

 

Daniel Welzer-Lang

Professeur de sociologie, Université Toulouse le-Mirail

Directeur général du CRISP

 

5. Ce j’ai qualifié de «double standard asymétrique». Sur le propre et le rangé, par pressions des normes traditionnelles du féminin, les femmes sont préventives, elles nettoient avant que ça ne soit trop sale, là où les hommes, pour ceux qui nettoient, sont curatifs. Ils nettoient quand ils voient que c’est sale. Difficile de se mettre alors d’accord sur un «partage des tâches». Dans la sexualité, la socialisation massive des garçons à la pornographie, avant même la puberté, fait que les hommes apprennent très tôt la multifonctionnalité de l’amour (les femmes qu’ils aiment avec qui ils vivent, et celles qu’ils aiment, exogènes à leur vie quotidienne, avec qui se vit l’érotisme). Quant aux femmes que ce soit la série Harlequin ou les romans de Marguerite Duras, tout les pousse à rechercher le Prince Charmant, le tout-en-un. Et cela fonctionne encore pour une partie non négligeable d’entre-elles (Kaufman, 1999).

 

 

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