couverture du n°55 Extrait d'un article du dossier

"Maltraitance des personnes âgées. Aider les aidants " L'Observatoire n°55/2007 ©

 

Condition collective de la bientraitance

On peut se réjouir de la reconnaissance du phénomène de la maltraitance dont les personnes âgées sont victimes, fût-elle tardive.

 

Cette reconnaissance est en effet le signe de la reconnaissance progressive du plein accès des personnes âgées aux idéaux propres de la société contemporaine: ceux d’une bienveillance s’exerçant à l’égard de chaque individu, dont l’intégrité, mais plus que cela, l’aspiration légitime à une vie bonne, doivent être la préoccupation de tous.

 

Pourquoi cette reconnaissance a-t-elle été si tardive en ce qui concerne les personnes âgées dépendantes (plus sujettes à la maltraitance, on le sait)? Parce que, dans le contexte de notre culture, la vision dominante de l’individu le définit comme délié du social, trouvant sa valeur dans son intériorité, non par son rapport au monde et à autrui1. Dès lors, celui qui dépend d’autrui, pour subvenir à ses besoins physiques mais plus encore psychiques, va être considéré comme «aliéné», c'est-à-dire, dépossédé de lui-même par l’aide dont il a besoin, ne pouvant être pleinement lui-même, en cela dégradé, déconsidéré par l’aide qu’il reçoit. Si la personne dépendante court davantage le risque, du fait de cette déconsidération, de mauvais traitements, la reconnaissance de la réalité de ceux-ci et partant, de la nécessité de lutter contre eux va être plus difficile que pour ceux dont la pleine humanité ne fait pas de doute.

 

Cette conception de l’individu comme délié du social a non seulement pour effet de rendre plus malaisé la reconnaissance de la maltraitance de ceux qui dépendent d’autrui pour vivre, elle marque aussi la façon de penser cette maltraitance, lorsque enfin on veut bien s’en soucier. Le risque, en effet, est de ne se focaliser que sur la personne qui maltraite, proche ou professionnel, pour en décrire toutes les caractéristiques (la considérant, elle aussi, comme «déliée du social»), en donnant trop peu d’importance à la façon dont ceux-là sont constitués par le collectif plus large au sein duquel ils sont insérés.

 

C’est pour éviter ce risque que nous nous intéresserons ici aux conditions collectives de la bientraitance, en nous préoccupant en particulier du rôle important que peut jouer l’état, cherchant à éviter d’enfermer la question de la maltraitance dans le huis clos de la relation soignant/soigné.

 

 

Natalie Rigaux

Professeur de sociologie, Faculté Universitaire Notre-Dame de la Paix, Namur

 

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