L'Observatoire n° 56
Insertion socioprofessionnelle des publics vulnérables
Y a-t-il pénurie d’emplois ou pénurie de main d’oeuvre? La réponse est sans doute moins évidente qu’il n’y paraît. Certes, il y a des emplois vacants mais sont-ils accessibles pour ceux-là même que l’on voudrait raccrocher, sortir d’une logique d’assistance, dont on dit ne pas vouloir laisser au bord du chemin? La distance qui les en séparent semble ne cesser de s'agrandir d'où la pertinence de structures adaptées, spécialisées dans l’insertion socioprofessionnelle mais aussi la nécéssité d'une réflexion en profondeur sur les mécanismes qui sont à l'oeuvre en aval, en amont et en dedans ce processus.
Sommaire
Editorial
- Les politiques d’emploi à la lumière de la santé mentale des chômeurs - G. Herman & D. Bourguignon
- L’habitat en camping et l’insertion socioprofessionnelle: une contradiction? - E. Jacquemin
- La politique menée en Région wallonne pour favoriser l’emploi des plus vulnérables - R. Yerna
- "I.S.P." pour insertion socioprofessionnelle - E. Albertuccio
- Les paradoxes de l’insertion socioprofessionnelle - E. Grava
- «Un job dans le mille» grâce au Jobcoatching - Cl. Van Zeebroeck
- Les agences privées & la réinsertion socioprofessionnelle des publics vulnérables - A. Le Grelle
- L’économie sociale, premier fournisseur d’emplois pour les publics dit précarisés? - J.-M. Pollenus
- Les emplois titres-services: marche-pied ou chaussetrappe pour les personnes pauvres? - Th. Martin, H. Termote
- Les Services d’insertion sociale, secteur en devenir - B. Massart
- De la responsabilité collective et individuelle - R. Cherenti
- Quand l’emploi rime avec pauvreté... - F. Lefresne
Editorial
Y a-t-il pénurie d’emplois ou pénurie de main d’oeuvre? La réponse est sans doute moins évidente qu’il n’y paraît. Certes, il y a des emplois vacants mais sont-ils accessibles pour ceux-là même que l’on voudrait raccrocher, sortir d’une logique d’assistance, dont on dit ne pas vouloir laisser au bord du chemin? Plusieurs mécanismes sont à l’oeuvre tels que la sursélectivité induite par la concurrence exacerbée des entreprises ou les inégalités à la base renforcées par l’absence de diplôme et de fomation. Ces mécanismes créent une pénurie d’emplois convenables et relèguent de plus en plus loin ceux qui sont les moins qualifiés.
Y a-t-il responsabilité individuelle, raisons personnelles ou responsabilité collective, raisons structurelles? Les deux sans doute mais bien que la première soit minime comparativement à la seconde, elle est pourtant celle qui est le plus souvent mise en avant, peut-être parce que plus facile à cerner et de prime abord plus facile à «travailler». Cependant, si l’activation des chômeurs a le vent en poupe, ses résultats laissent à désirer. Des mesures telles que le Plan d’accompagnement des chômeurs peuvent en effet produire des effets positifs sur une catégorie de personnes, en fait celles dont les caractéristiques sur le plan de l’embauche sont les plus favorables, mais pour les personnes plus vulnérables qui ont peu de qualifications, peu ou pas de réseaux sociaux, qui cumulent les handicaps et les difficultés, qui sont dans une culture de survie, de honte ou de peur, ces mêmes mesures peuvent être contre-productives et plutôt que de réduire la distance qui sépare de l’emploi, l’ériger en mur infranchissable.
Les politiques d’emploi doivent s’inscrire dans une démarche globale qui mobilise l’ensemble des acteurs, elles doivent susciter la responsabilité collective de la société, des entreprises et faciliter l’accès à l’emploi des plus vulnérables via un accompagnement basé sur la confiance, la valorisation des acquis, l’épanouissement, le mieux-être. D’où toute la pertinence des structures adaptées, spécialisées dans l’insertion socioprofessionnelle de ces publics identifiés comme les plus éloignés de l’emploi dont les EFT - Entreprises de Formation par le Travail et les OISP - Organismes d’insertion Socio-Professionnelle - auxquels nous nous sommes davantage attachés dans ce dossier1. D’où aussi toute la nécessité de penser la post-formation et de jeter des passerelles avec les PME, les entreprises d’économie sociale, les sociétés d’intérim... mais également de mener une analyse critique pour ne pas se laisser piéger dans des formules qui peuvent se révéler palliatives plus que curatives ou pour ne pas se laisser aller à croire que pour avoir un emploi, il suffit de le vouloir.
Colette Leclercq
* La réinsertion socioprofessionnelle est un sujet vaste et il nous a obligatoirement fallu opérer des choix, nous ne parlons pas ainsi d’autres opérateurs comme l’AWIPH ou l’IFAPME ou les CPAS (voir cependant l’article de R. Cherenti) ou encore l’école ... |