Extrait d'un article du dossier
"Mineurs étrangers non accompagnés " L'Observatoire n°57/2008 ©
Tentative d'approche constructive & propositions pour une meilleure prise en charge des MIE
Beaucoup de Mineurs Isolés Etrangers (MIE) fuguent des foyers d’accueil français. C’est là une constatation récurrente depuis l’apparition du phénomène MIE, dont les causes semblent encore ignorées, méconnues ou mal perçues? Oserais-je dire inavouables car elles risqueraient de mettre en cause des procédures, des «méthodes»ou des principes éducatifs établis? [...]
Pourquoi fuguent-ils?
Nous tenterons d’envisager certaines solutions en examinant les questions essentielles qui devraient trouver réponses avant toute prise en charge de ces enfants.
• A propos de leur identité. Le Droit à l’identité est contenu dans la Convention Internationale des Droits de l’Enfant (CIDE), le droit de la taire également. A de très rares exceptions prés, la prise en charge du MIE est faite sur base de cette identité. Mais il arrive qu’elle soit falsifiée, par l’enfant lui-même ou parce qu’il en a reçu l’injonction, ou encore inexacte parce qu’il ignore lui-même certaines informations quant à sa famille, son origine, son âge...
Or un changement d’identité n’est pas anodin psychologiquement et peut avoir des répercutions sur l’attitude ultérieure de l’enfant, parfois sur sa santé mentale. Et quelle est la valeur d’une décision juridique fondée sur une fausse identité?
• A propos de leur nationalité. Elle va permettre de situer l’enfant dans un contexte géopolitique et socioculturel. Son appartenance ethnique est également importante. En 2004, j’assistai à un quiproquo dû à une connaissance approximative de la situation politique du pays d’origine, dont ses clivages claniques. Adji était un jeune paysan afghan taciturne qui refusait de demander l’asile politique et les services sociaux le renvoyèrent à la rue car il avait été déclaré majeur par examen de maturation osseuse. Après quatre heures de consultation avec une psychologue originaire d’Iran et un interprète parlant son dialecte le «diagnostic» fut d’une simplicité désarmante: Adji n’avait retenu de la demande d’asile que le mot «politique»; or ses parents avaient vécu avec le général Massoud, toute la famille avait disparu et les soldats, ne sachant que faire de cet orphelin après l’assassinat du général, l’envoyèrent en Occident. Adji ne voulait plus entendre parler de politique car la «politique» avait décimé sa famille et l’avait jeté sur les routes.
• A propos de leur âge. Difficile à certifier, les faux papiers sont pléthores et certains pays ne sont pas très regardant sur les «originaux» qu’ils délivrent… De surcroît, à Château Rouge, station de métro parisienne bien connue, on peut acheter beaucoup de choses. L’âge est pourtant incontournable. [...] si l’âge est un critère juridique, c’est aussi le symbole d’une partie de vie dont la signification diffère selon les cultures; les différences vont se creuser avec les modalités de passage: un jeune africain arrivé directement à Roissy, sans complication, n’a pas la même maturité qu’un mineur afghan qui a mis deux ans à venir jusqu’à nous en passant par les quais d’Istanbul et ceux du Pirée [...].
• Les conséquences de l’acceptation tacite d’une fausse identité peuvent s’avérer désastreuses. Ainsi, une avocate m’exposait les difficultés qu’elle rencontrait dans la demande de régularisation d’une jeune malienne vivant sur le territoire français depuis quinze ans: le certificat de naissance qu’elle avait reçu de ses parents attestait de sa réelle identité mais ses justificatifs en France (factures EDF, téléphone,...) étaient sous une fausse identité, celle qu’elle avait donné aux services sociaux afin qu’ils «ne retrouvent pas sa famille au pays» disait-elle. Nous n’avons rien pu faire… Elle est toujours sans papiers.
Aux questions qui concernent directement l’enfant, sont liées celles qui concernent sa famille et en premier lieu ses géniteurs.
• Sont-ils en vie? C’est une question à aborder délicatement mais sans misérabilisme, attitude qui n’aide pas votre interlocuteur et risque de le blesser.
• Où habitent-ils? En France, dans son pays, dans un autre pays, dans un camp de réfugiés?... Quels sont les rapports entre l’enfant et eux? Les appelle-t-il ou au contraire refuse-t-il de les entendre et de les voir? Pourquoi? A-t-il été confié à un oncle ou une tante? Quels sont les réels liens de parenté avec ces personnes? Il faut savoir qu’en Afrique, l’appellation «oncle» ou «tante» est une marque de respect et n’a pas la signification du lien familial que nous lui connaissons en Europe.
• A-t-il fugué de chez ses parents? De chez ses oncles ou tantes, personnes avec la(les)quelle(s) il est arrivé, chez la(les)quelle(s) il était hébergé? Pourquoi? Les raisons de la fugue doivent être prises en compte pour la prise en charge. Il arrive que l’enfant regrette et demande à retourner auprès de ses parents, il fugue alors du foyer, de crainte «qu’on le garde» ou, au contraire, quand il ne veut plus les voir, il fugue de peur qu’on le «rende» à ses parents Les lenteurs et les raideurs administratives peuvent alors s’avérer mortelles, comme nous le verrons avec l’exemple de Momo.
Après avoir répondu à ces premières questions en s’assurant le concours actif de l’enfant et l’aide d’un médiateur culturel, nous pouvons passer aux suivantes...
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M.Cl. Vallaud, Juriste, Chargée de cours au DEUST (Diplôme d'Etude Universitaire sociale et technique)
à l'Univsersité d'Evry - Val d'Essonne et en L3 d'Administration des Territoires
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