Les (premiers) liens parents/enfant Extrait d'un article de Jean-Marie CABY (Directeur SASPE Reine Astrid ONE, La Hulpe), publié dans le Dossier "Les (premiers) liens parents/enfant " in L'Observatoire n°67/2010 ©

Le soutien du lien parents-enfant  en institution: l’espace-familles «René Van Geffel»

 

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L’accompagnement commence avant l’arrivée du parent: il est nécessaire de penser et de préparer la rencontre, mais aussi l’instant des retrouvailles qui est un moment difficile qui doit être soutenu. Durant la visite, l'intervenant va à la découverte de ce que le parent apporte dans l'ici et maintenant. Accompagner le parent dans la suppléance, c'est croire en ses capacités, vouloir les faire émerger, améliorer ses compétences et sa résilience. C'est lui redonner du pouvoir sur la situation, lui donner une place, un statut de parent. Cependant, les parents que nous rencontrons sont souvent de mauvais partenaires, ils ne nous aident pas à les respecter, bien au contraire, et ils sont rarement demandeurs. Afin de parvenir à travailler avec les familles d’enfants placés, il est nécessaire de pouvoir sortir du clivage «bon parent-mauvais parent» et donc, de mettre de côté ou du moins de relativiser la représentation de ce qu’est un «bon parent», un «parent idéal», pour rechercher un «parent suffisamment bon», c'est-à-dire suffisamment adéquat dans l'exercice de sa parentalité pour permettre à l'enfant de grandir et de se développer dans des conditions satisfaisantes. Mettre notre professionnalisme au service du parent afin de réveiller la compétence éteinte, de lui permettre de trouver sa solution, sa manière de faire, sans référence à un modèle préétabli est essentiel. Les psy parlent de prêter leur appareil à penser et d’ouvrir ainsi le champ des possibles.

 

Le génie de l'accompagnement, c'est de trouver le bon moment et les mots justes pour intervenir, c'est repérer chez le parent les compétences et les capacités, même les plus infimes, c'est éviter de le mettre en échec, c'est faire en sorte qu'il accepte de s’améliorer. Sans ajustement, c'est la révolte, le rejet et tout est alors à recommencer. Lorsque l'ajustement est réussi de manière créative et originale, le professionnel qui possédait des compétences techniques et scientifiques accède à la pratique de «l'artiste», comme le dit Mony Elkaïm12. C'est le moment où, vu de l'extérieur, le travail paraît facile. Pour arriver à cette qualité, le professionnel doit avoir en lui, outre une sécurité de base suffisante, beaucoup de pratique, de créativité et un répertoire étendu. C'est aussi parce que l'équipe se donne le temps et que l'enfant est protégé par le placement, que l'accompagnant peut travailler dans une réelle disponibilité d'écoute, d'ouverture et de respect. Tous les moyens sont bons pour induire un changement, à condition d'être respectueux: utiliser la pédagogie, verbaliser ce qui est vu et observé, parler à la place de l'enfant, mettre des mots sur son comportement, rechercher une solution ensemble et même utiliser l'humour qui, bien employé, peut être un excellent outil.13 Une intervention de qualité ne peut avoir lieu que si l'accompagnant connaît très bien l’enfant et le parent, grâce à de nombreuses observations partagées en équipe. L'intervenant y est émotionnellement présent tout en prenant distance avec ses propres représentations et affects, évitant ainsi de s'inscrire dans un agir immédiat.

 

Parfois, mais toujours dans un second temps, l’intervenant évoquera la difficulté qui ne pourra pas être dépassée et qui limite la parentalité. Il fait alors le constat que ce parent ne pourra pas devenir «suffisamment bon» ou s’il le devenait, ce serait dans un délai incompatible avec le développement affectif de l’enfant. Le parent est alors soutenu et aidé à trouver sa place dans la large sphère de la parentalité partielle. Il pourra ainsi vivre des moments agréables plutôt qu’accumuler échecs, désapprobations, rejets et désillusions. Nous constatons que ce parent partiel, mais parent quand même, prend alors sa place dans la réussite. «Les parents peuvent aimer leur enfant, mais ne pas être en mesure d’exercer leur fonction parentale, et malgré tout être aimés par lui», écrit Martine Lamour14 qui propose de distinguer parentalité et affects. Le reconnaître apaise le parent, qui donne alors plus facilement la permission à son enfant d’investir une autre relation et lâche l’emprise, qui, auparavant, paralysait cet investissement.

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