Les (premiers) liens parents/enfant Extrait d'un article de Yvan SZECEL, psychomotricien et psychodramaticien. Service de pédopsychiatrie, Centre Hospitalier Régional de la Citadelle, Liège (Directeur SASPE Reine Astrid ONE, La Hulpe), publié dans le Dossier "Les (premiers) liens parents/enfant " in L'Observatoire n°67/2010 ©

Prise en charge d'un enfant en rupture de lien. Exemple d’une approche psychomotricienne

 

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L'enfant arrive dans le service de pédiatrie dans un état somatique et psychologique très préoccupant. Chétif, maigre, carencé, pâle, il pleure énormément, il ne supporte ni le regard, ni la voix, ni le toucher. Prévenu par mes collègues de pédiatrie, j'entame un travail relationnel avec cet enfant en détresse. Il refuse toute relation, se frappe sans arrêt lorsqu'on s'approche de lui, ses gestes sont stéréotypés, raides, il se déplace très peu, porte les jouets au niveau de ses tempes et se cogne la tête avec ceux-ci. Toute modification de son environnement entraîne des réactions de pleurs, de cris, de balancement  et d'auto-agressivité. Avec mes collègues, nous échangeons nos observations afin de proposer une prise en charge adaptée à cet enfant en rupture de lien avec lui-même et avec le monde qui l'entoure. Marc est pris en charge par la pédopsychiatrie, nous essayons de structurer au mieux notre travail et nous limitons dans un premier temps le nombre d'intervenants. Mon travail se fait essentiellement dans la chambre, à horaire très régulier, pour une prise en charge quotidienne visant à la création d'un lien thérapeutique, d'un attachement progressif. Cela pourra peut-être l'aider à diminuer ses angoisses, son isolement, son auto-agressivité et sa relation au corps et au monde qui l'entoure. Une collègue s'occupe de Marc tous les jours en soirée, pour les moments clefs que sont le bain, le repas du soir et la mise au lit. Quant à moi, je le vois tous les matins, seul ou avec le psychologue afin de mieux le comprendre et adapter nos interventions. A ce moment, la maman est fort instable, préoccupante et menace de reprendre son enfant. Nous interpellons le service de protection judiciaire, qui ordonne le placement de l'enfant dans notre service. Nous essayons de structurer les visites de la maman, de travailler avec elle et son enfant, afin d'évaluer le potentiel d'évolution de chacun et d'améliorer la relation entre eux si cela est possible.

Après trois mois, nous avançons à petits pas. La patience, l'inactivité, la lenteur, l'empathie semblent apaiser Marc; tout autre comportement provoque des crises parfois terribles. Enfin, il peut accepter le regard, la voix ou le contact des personnes connues. Il ne pleure plus lorsque ma collègue ou moi-même nous approchons de lui. Le lien se crée (...)