Votre panier est vide

n° 102 - 2020

Les émotions dans le travail social : frein ou tremplin

Les travailleurs sociaux sont traversés, parfois secoués par des émotions. Positives, négatives, elles peuvent avoir toutes les couleurs. Faut-il les taire, les réguler, les travailler ? Quelle place leur donner dans la relation avec les usagers ? Comment dépasser l’injonction à la « bonne distance » pour faire de ces émotions des alliés, des appuis à l’accompagnement ?

Éditorial

Dans leur métier relationnel, les travailleurs sociaux sont inexorablement traversés, animés, secoués par des émotions. Certaines sont positives, comme la joie d’avoir pu aider un usager à s’en sortir ou simplement d’avoir pu gagner sa confiance. D’autres peuvent s’avérer plus problématiques.

Accompagner des personnes en souffrance, en détresse, en danger, dans la provocation ou l’agressivité, ... génère inévitablement des ressentis. La tristesse, la peur, la colère, l’exaspération, le dégoût s’invitent. Parfois brutalement, parfois insidieusement, créant d’autant plus le malaise, le désarroi que ces affects renvoient à d’autres vécus, situations professionnelles similaires, histoires personnelles que l’on croyait avoir oubliées.

Pour que ces émotions, troublantes, stressantes, décourageantes, ne deviennent pas trop envahissantes, les professionnels développent des stratégies, conscientes ou non, pour les réguler, réduire leur intensité ou leur durée, et se mettre à l’abri.

Les institutions défendent, pour leur part, des normes émotionnelles qui peuvent différer en fonction des secteurs mais qui se rallient pour la plupart à ce prescrit commun de la "bonne distance", supposé garantir le professionnalisme des travailleurs sociaux, mais aussi les préserver, leur éviter le burnout, …

Et de se poser la question suivante : les émotions négatives seraient-elles nécessairement toxiques, ennemies, à risques ? N’y aurait-il pas plutôt intérêt à les inviter à s’exprimer, à les entendre, à les travailler plutôt que de vouloir les taire, les dissimuler de peur qu’elles envahissent la relation avec l’usager, la parasitent et, du même coup, provoquent chez l’aidant, malaise et épuisement ?

Dans les métiers de l’humain, on ne peut éviter les émotions, elles en font partie, en constituent le matériau. Il faut donc s’en saisir. Elles servent l’intuition, le feeling qui aide à créer la confiance avec l’usager. Elles sont le ferment qui fait dire au professionnel qu’il aime et croit à son métier, difficile mais combien humain. Elles nourrissent sa motivation, sa persévérance à accompagner les précaires, les cassés, les marginalisés malgré les obstacles et à repérer en eux les potentialités que plus personne ne voit. Pour ces raisons et d’autres encore explorées dans ce dossier, d’aucuns en appellent à prôner, non pas la « bonne distance », mais la « bonne proximité » ou la « bonne présence », voire le savoir-aimer.

Sommaire

- Au coeur du travail social, les émotions des professionnels - Mael VIRAT

- La bonne présence plutôt que la juste distance - Roland COENEN

- De l’urgence à faire du savoir-aimer une compétence parentale et/ou professionnelle - Philippe GABERAN

- Les travailleurs sociaux en supervision : un espace de partage, d’exploration et de réflexivité pour se réconcilier avec ses émotions - Patrick LAURENT (interview)

- Pour une sociologie des émotions dans le travail social : un travail social également réparti dans les foyers de l’enfance - Charlène CHARLES

- L’écoute à Télé-Accueil. Les émotions sont notre matière première - Alain DEKEULENEER, Myriam MACHUROT & Carine DEBEER

- De l’(im)pertinence du concept de résonance dans le travail d’équipe : entre potentialités et risques - Olivier UDRESSY & Dominique GOLAY

- Accepter ses résonances : un outil pour aider le professionnel face à ses émotions - Michel MAESTRE

- Petite enfance. Rendre visibles les émotions qui font lien - Isabelle CHAVEPEYER

- Les émotions en médiation : entre souffles créatifs et élans audacieux - Nathalie PHILIPPART


HORS DOSSIER (rubrique COUP D’OEIL) :

- L’envahissement des émotions dans nos sociétés contemporaines : faut-il s’en méfier ? - Anne-Cécile ROBERT

- Covid-19 : Les web interviews de la revue l’Observatoire - Colette LECLERCQ & Romain LECOMTE Article en libre accès !!

- Affaire Azraël : un jugement trop clément selon Child Focus - Interview Colette Leclercq Article en libre accès !!

- Brèves Covid-19 : Gouvernement wallon : aides et soutiens dans les secteurs de la santé et du social - A côté de la première ligne de soin, il y a la première ligne sociale : les CPAS - ...

- Cannabis. Le modèle de tolérance, de monopole d’état et de régulation commerciale - Robin MICHAUX

- Une matinée pour fêter le 100ème n° de la revue l’Observatoire. L’écrit dans le Social en scène - Colette LECLERCQ & extraits de l’intervention de Jean-Marie KLINKENBERG Article en libre accès !!

- Rubrique Lectures Article en libre accès !!

Articles

Prendre soin de soi... un itinéraire vers le bien-être

Article issu du n°60 de la revue l’Observatoire : "Davantage de Bien-être pour les publics précarisés " Auteur(s) : BAILLY Karine Assistante sociale. CPAS de La Louvière Mots-clés : Bien-être - soin de soi - image de soi - précarité - centre public d’aide sociale - insertion sociale - loyauté (...)

Moyens de paiement