Le mot déliaison évoque de nombreuses situations rencontrées dans le champ du social et de la santé mentale sans pour autant correspondre à un seul phénomène. La déliaison peut en effet prendre différentes formes qui souvent se juxtaposent, contaminent les différentes sphères de la vie intime et sociale des individus et multiplient l’effet de dérive, d’abandon ou d’éparpillement.
Ainsi, relèvent les professionnels, certaines personnes vivent coupées d’une partie d’elles-mêmes pour se mettre à l’abri de vécus traumatiques ; d’autres ont perdu l’estime de soi qui leur permettrait de se tracer une trajectoire, à moins qu’elles ne perçoivent plus le sens de ce cheminement, faute de repères, de projets, de possibles.
Mais la déliaison n’est bien sûr pas qu’en dedans de soi, elle est surtout le reflet d’une société qui sépare, isole, fragmente plutôt qu’une société qui relie, rassemble, cimente, au risque de laisser chacun plus seul, plus replié, moins en capacité de faire société.
Ce dossier prend appui sur un colloque organisé au printemps 2014 par la Province du Brabant wallon « Déliaison dangereuse ? Ces forces qui nous lient et nous délient ». Mis en scène par le service de santé mentale provincial, ce colloque pointait la déliaison comme un phénomène grandissant et traversant différents champs d’action : outre la santé mentale, citons l’aide sociale, l’insertion sociale et professionnelle, l’Aide à la jeunesse, l’accueil des demandeurs d’asile, l’accompagnement des personnes âgées…
Si le titre voulait sciemment alerter, pointer les dangers et dégâts de cette tendance, plusieurs interventions et d’autres articles que nous avons sollicités pour ce dossier contextualisent, nuancent, font en quelque sorte la démonstration inverse. Ainsi, un minimum de déliaison est nécessaire aux individus, tant pour leur subjectivation que pour éviter des liens qui, lorsqu’ils sont trop fusionnels et exclusifs, peuvent être entravants et même toxiques. Ainsi, éclosent un peu partout des réflexions, des initiatives, des postures professionnelles qui créent ou recréent des liens, retissent du collectif, de la solidarité. Et pour permettre ce travail de (re)liaison avec et entre les usagers, beaucoup de professionnels mettent en avant l’importance de construire et d’entretenir également à leur niveau des maillages, des synergies, du travail en réseau.