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n°662010

Est-il possible de mettre fin à l’utopie carcérale ?

Article

Dans les nations dites modernes, démocratiques et basées sur les droits de l’homme, l’enfermement devrait constituer une mesure de dernier recours et ne toucher qu’une infime partie des citoyens.

Pourtant, les lieux d’enfermements sécuritaires (centres fermés pour étrangers, prisons pour mineurs et pour adultes (dont les malades mentaux)) se multiplient sans, du reste, susciter beaucoup d’émoi.

Miroir de nos sociétés, une telle progression de l’enfermement reflète un constat inquiétant : les voies de l’exclusion empruntées par la peur se répandent, grignotant peu à peu les idéaux d’une cohésion sociale construite sur des valeurs de liberté, de fraternité, d’égalité. Des idéaux exigeants certes, mais souvent théoriques.

À la base déjà, n’y a-t-il pas une contradiction entre les valeurs prônées par les États dits « hérités des lumières », ancrés sur les « droits de l’homme », et la mise en place d’un dispositif pénal qui repose sur une vision hostile et négative du malfaiteur qui a transgressé les normes ? Un dispositif reposant tout entier sur la notion de « peines ». Rhétorique crue qui renvoie à des états de souffrance, de douleur, de tristesse.

On est donc dans une perspective de vengeance, de châtiment, d’affliction et de stigmatisation. Il s’agit de répondre « au mal par le mal », de maintenir la cohésion sociale par la division, en prenant appui sur une responsabilité individuelle qui écarte la dimension collective de nos actes. En ce sens, l’appareil pénal n’est nullement pacificateur. 

La peine privative de liberté via l’enfermement carcéral  – au centre de ce système de type guerrier – vise en premier lieu à « surveiller et punir ». Autre fonction régalienne de la peine privative de liberté : la dissuasion qui, en réalité, n’a pas prouvé ses effets.

Au fil des époques, des objectifs discursifs plus « humanistes » se sont greffés à la politique pénitentiaire : la prison pourrait servir à amender, changer la personnalité délinquante, rééduquer, réadapter, réinsérer, réparer

Mais ces vernis « de légitimation » – colorants apposés couche après couche craquellent et fissurent, incapables de se maintenir. Face à cette polysémie de la peine, l’échec à chaque fois se répète. 

(…)

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