Les années 1990 auront été marquées en Belgique par une oscillation entre le développement d’une politique sécuritaire et la préoccupation constante d’activer les politiques d’emploi et d’insertion.
Entre ces deux politiques est venue se loger une logique d’urgence sociale, au fur et à mesure que la pauvreté devenait un phénomène massif, touchant plus d’un Belge sur dix.
Ce sont les centres publics d’aide sociale (CPAS) des grandes villes belges qui se sont chargés de mettre en place un dispositif d’écoute 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, à partir des impératifs suivants : répondre de manière immédiate aux situations de détresse ; au-delà des appels et des situations individuelles, repérer les mécanismes ayant produit, par échecs successifs, ces situations ; pour ne pas rentrer dans la chronicité de l’urgence, faire l’inventaire des équipements et services existants sur le territoire communal, non seulement pour faire face à l’urgence mais encore pour proposer des solutions.
De quoi est révélatrice cette manière de faire qui fait des réponses immédiates à un problème une politique en soi qui chercherait à rencontrer les vides créés par la multiplicité des politiques sectorielles mises en place par l’État-providence ? Telle est la question qu’il faut aborder pour rendre compte des difficultés à dépasser une logique d’urgence dans laquelle semblent s’enfermer les politiques sociales.