Les tremblements d’une ville se mesurent à hauteur des interstices qu’habitent un nombre sans cesse croissant de personnes en situation de grande précarité. Les squats, les garages, les bouts de trottoirs sont autant de (non) lieux où se lovent jusqu’à parfois s’engluer des trajectoires de vie.
Dans ce petit monde de la rue, on est pris, surpris et appris par les événements et les rencontres. La posture de recherche sur ces terrains se conjugue intiment avec ce qu’il convient d’appeler « une ethnographie des circonstances ». La seule présence du chercheur dans ces (non) lieux crée une circonstance où se déploie à tous moments une parole.
« Qu’est-ce que tu fiches dans ce squat ? T’as pas peur ?… » déclenche une succession de questionnements sur la peur singulière d’être présent dans ce lieu souillé par la crasse et les seringues usagées, sur la marque tout autant singulière de la stigmatisation du « sdf toxico », du « fou mendiant »… Parce que ce terrain est impliquant, on ne peut sortir totalement indemne de toute implication et les résonnances du chercheur deviennent un indicateur de ce qui se trame dans les creusets urbains.
L’intention de cet article est de proposer une profondeur de champ à la vision sensible de ces habitants de la rue que l’on croise dans nos grandes villes. Il s’agit ici pas moins et pas plus que de rencontrer en contexte social des biographies empreintes de souffrances et de désaffiliations multiples.