Pour honorer un rendez-vous courant 18e siècle, arriver à l’heure, c’est-à-dire au moment convenu s’entendait arriver dans l’heure. Mais déjà à cette époque, on commençait à utiliser l’expression à la minute ou dans la minute pour désigner un bref moment remarquable.
Cette minute se banalise vite et devient d’usage familier un siècle plus tard, entre autres, pour déterminer les horaires du chemin de fer naissant. Quant à la seconde, formulation beaucoup plus récente, elle ne fait son apparition dans notre vocabulaire qu’au début du 19e siècle pour désigner l’instant : une seconde, à la seconde, dans une seconde s’apparentent au tout de suite. Mais que dire de la nano-seconde, ce milliardième de seconde devenu unité de mesure établie fin du 20e siècle et spécialement utilisé dans le champ de l’informatique pour déterminer le temps d’accès à une information dans une mémoire vive?
On peut ainsi apprécier, malgré un tel raccourci historique, les métamorphoses spectaculaires de nos temporalités et leurs compressions pour mettre en scène cette façon de plus en plus accélérée par laquelle nous nous mouvons. Prendre conscience de telles métamorphoses, c’est utiliser une clef de lecture toujours pertinente pour comprendre les espaces dans lesquels nous évoluons et les valeurs que nous accordons à ces espaces. Aussi, en utilisant une telle clef, nous chercherons ici à élucider cinq questions posées par les mutations temporelles actuelles.
Comment repérer les temporalités dominantes structurant nos sociétés contemporaines ? De quelles évolutions significatives sont-elles le produit ? Que sont devenues ces autres temporalités hier en vogue, présentement assujetties ? Quels impacts ces nouvelles temporalités dominantes ont-elles sur nos modes de vie ? Pour vaincre vulnérabilité et exclusion aujourd’hui fort répandues, quelles temporalités valoriser ?