Les personnes vivent souvent l’entrée en maison de repos comme un bouleversement. C’est en effet une double rupture : l’espace intime se restreint et le temps individuel disparaît au profit d’un temps standardisé et hautement routinier.
Pour des raisons d’organisation et d’efficacité, le personnel soignant doit rationaliser chaque tâche (toilettes, repas) pour « gagner du temps ». Cette course contre la montre pousse à une aide excessive qui va à l’encontre de l’autonomie des résidents.
Les horaires stricts transforment le quotidien en un régime quasi hospitalier. Les temporalités individuelles des résidents sont ignorées et le manque de temps réduit les interactions humaines à une simple « activité de soins ».
Les maisons de repos sont prises en étau entre leur mission morale (le bien-être, le respect de la personne) et des impératifs économiques de rentabilité.
Pourtant, des projets pilotes ont montré que la stimulation des capacités restantes des patients aide à prolonger leur autonomie. Mais ces thérapies et activités demandent un investissement temporel majeur, qui s’oppose à l’impératif de vitesse qui prévaut dans le modèle institutionnel actuel.