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09 Avr 2026
Nouveau recensement du sans-abrisme : des inégalités interpellantes
Trois nouveaux dénombrements des personnes sans-abri et sans chez-soi ont été réalisés en Wallonie en 2025 : dans les arrondissements de Tournai-Mouscron, Huy et Waremme, ainsi que dans 4 communes du bassin liégeois. Au total, 4064 personnes ont été dénombrées (3146 adultes et 918 enfants accompagnant leurs parents), sur base de la grille Ethos Light, un outil pratique utilisé pour l’évaluation et la classification des situations de sans-abrisme.
Sans-abrisme en Wallonie
Sur base des dénombrements réalisés ces six dernières années, les chercheurs ont procédé à une extrapolation pour l’ensemble de la Wallonie. On estime à 18.812 le nombre de personnes en situation de sans-abrisme et sans chez-soi (selon les 7 catégories d’ETHOS) : 13.781 adultes et 5.031 enfants.
Les personnes sans-abri vues dans l’espace public ne constituent que la partie émergée de l’iceberg (environ 7 %). Dormir à la rue, dans un hébergement d’urgence ou dans un espace non conventionnel (tente, voiture, squat, etc.) est une réalité en Belgique et en Wallonie.
Bien que cela soit plus fortement le cas dans les grandes villes, ce phénomène est présent partout. 24,2 % des adultes dénombrés vivent dans des communes de moins de 15.000 habitants. Environ 28,7 % vivent dans des communes et villes comptant entre 15.000 et 50.000 habitants.
La part la plus importante des personnes (38,2%) est contrainte de passer la nuit chez des amis ou des membres de leur famille – un phénomène qui touche plus souvent les femmes et les jeunes adultes.
Un tiers des personnes dénombrées sont des femmes. Elles passent principalement la nuit dans des structures d’hébergement temporaires, chez des membres de leur famille ou des amis. Elles sont de facto moins visibles. Elles sont souvent en situation d’errance depuis moins longtemps que les hommes. La moitié des femmes dénombrées ont des enfants qui subissent leur situation de logement.
Les enfants mineurs accompagnés de leurs parents représentent 26,7 % du total des personnes dénombrées. Ils se retrouvent principalement dans des situations d’hébergement d’urgence ou temporaires (44,7%), chez des proches (28,9 %), dans des logements menacés d’expulsion immédiate (8,6 %). Même s’ils ne dorment pas à la rue, leur situation de vie est très instable.
L’Observatoire wallon du Sans-Abrisme
Créé en juin 2022, l’Observatoire wallon du Sans-Abrisme est logé au sein du Service Public de Wallonie Intérieur et Action sociale. Il développe et centralise l’expertise en matière de sans-abrisme, réunit les acteurs des secteurs concernés (santé, logement, etc.), évalue et coordonne les dispositifs Housing First (logement d’abord), accompagne et évalue 10 expériences pilotes dénommées Territoires zéro sans-abrisme, etc.
Depuis 2023, à la suite de la Fondation Roi Baudouin, l’Observatoire Wallon du Sans-Abrisme organise, en collaboration étroite avec les équipes de recherche, des dénombrements scientifiques réguliers et uniformes en Wallonie, en utilisant une méthodologie partagée avec les autres régions belges.
Leur objectif : collecter des données claires et comparables sur l’ampleur du phénomène et sur le profil des personnes concernées. De telles données sont en effet essentielles pour élaborer une politique efficace de lutte contre le sans-abrisme et l’absence de chez-soi.
D’après une actualité du SPW : Nouveau recensement du sans-abrisme : un chiffre stable mais une proportion importante d’enfants (une actualité du SPW)
L’éclairage de l’Observatoire
L’Observatoire souhaite apporter quelques informations complémentaires à ce communiqué.
Les chiffres de ces recensements concernant les femmes confirment les constatations de l’article Le sans-abrisme au féminin. Un enjeu d’invisibilité, de spécificité et de temporalité, paru dans le numéro 124, Le Social sous le prisme du genre.
La typologie ETHOS LIGHT
La typologie ETHOS (European Typology on Homelessness and Housing Exclusion) a été conçu par la Fédération Européenne d’Associations Nationales Travaillant avec les Sans-Abri (FEANTSA) en 2005, en l’absence de consensus européen sur une définition du sans-abrisme et de l’absence de chez soi.
Le sans-abrisme et l’absence de chez-soi y sont approchés comme processus et non comme état de fait. En effet, ETHOS se base sur 13 catégories opérationnelles classées en quatre catégories conceptuelles :
- Sans-abri : personnes dormant à la rue ou en hébergement d’urgence
- Sans-logement : personnes qui ont un abri mais provisoire, dans des institutions ou foyers d’hébergement
- Logement précaire : personnes menacées d’exclusion en raison de baux précaires, expulsions, violences domestiques
- Logement inadéquat : personnes vivant dans des caravanes, dans des lieux considérés comme inhabitables (squats…) ou dans des conditions de surpeuplement sévère.
Ces quatre catégories intègrent donc les personnes en situation de sans-abrisme et d’absence de chez-soi, mais aussi des profils qui risquent d’y tomber.
ETHOS Light est une version simplifiée de la typologie originale qui ne comporte que 7 catégories opérationnelles. Elle s’est imposée comme l’outil de référence pour les recensements et les études statistiques au niveau européen. C’est donc sur ETHOS Light que se basent les différents dénombrements réalisés en Belgique.
| Catégories opérationnelles | Définitions | |
| 1 | Personnes vivant à la rue | Qui vivent dans la rue ou dans des espaces publics, sans hébergement qui puisse être défini comme habitation |
| 2 | Personnes en hébergement d’urgence | Personnes sans lieu de résidence habituel qui utilisent des abris de nuit ou à bas seuil |
| 3 | Personnes en foyer d’hébergement pour personne sans domicile | Personnes vivant dans des structures d’hébergement provisoires (généralement moins d’un an). |
| 4 | Personnes en institution | Personnes dans des institutions (pénales, médicales…) dont le séjour est prolongé par manque de place à la sortie. |
| 5 | Personne en logement non conventionnel | Personnes vivant dans des logements qui ne sont pas conçus comme des lieux de résidence habituels (mobile homes, cabanes, structures temporaires, squats…) |
| 6 | Personnes vivant provisoirement dans un logement conventionnel avec des amis ou de la famille | Personnes sans domicile hébergées par des amis ou de la famille parce qu’elles n’ont pas de domicile. |
| 7 | Personnes menacées d’expulsion | Personnes qui doivent quitter leur logement dans le mois suivant le jour du dénombrement. |
Lectures complémentaires
Sources
- Définition du sans-abrisme et de l’absence de chez soi (Service de lutte contre la pauvreté, la précarité et l’exclusion sociale)