Il y aurait, selon le philosophe Michel Foucault, une manière de distinguer les sociétés en fonction de la façon dont elles éliminent non pas leurs morts mais leurs vivants : sociétés qui exilent ou bannissent, société à rachat (qui réparent), celles qui torturent ou tuent (marquent le corps) et, enfin, celles qui enferment.
Parmi celles qui enferment, il convient à nouveau de distinguer la prison, qui se généralise à la fin de l’Ancien Régime, des pratiques d’enfermement qui ont eu cours dans d’autres temps, d’autres lieux, d’autres régimes de pouvoir (les lépreux dans des léproseries au Moyen-Âge, les fous, pauvres, criminels, libertins et autres êtres amoraux dans l’« Hôpital général » à l’Âge classique, etc.).
Ces enfermements ne constituaient pas une punition au sens strict. On se débarrassait de ceux qui étaient dangereux ou gênants, sans se soucier d’une part de ce qui pouvait bien se passer dans ces lieux de réclusion et, d’autre part, sans faire de ces enfermements un art de punir. Enfermer pouvait également constituer un moyen pour avoir une main mise sur le corps de celui qui devait être puni – l’enfermement n’est alors que l’attente de la sanction, un supplice, par exemple.
Que l’enfermement devienne une punition, et même le mode de punition par excellence de notre société, c’est un événement récent, jeune de 200 ans selon la thèse foucaldienne.
L’histoire de la prison à laquelle Foucault s’emploie démarre alors sur cette question simple : comment la prison s’est-elle substituée aux châtiments et supplices de l’Ancien régime, comment la prison est-elle devenue notre principal art de punir ?