À l’heure où la Belgique vient de dépasser le cap des 100.000 millionnaires, où les magasins de luxe témoignent d’une société d’opulence sinon d’abondance, des personnes luttent, quotidiennement, pour pouvoir se nourrir, se loger, se chauffer, se soigner… Elles consacrent l’essentiel de leur temps, de leurs efforts, de leur inventivité, à tenter de satisfaire leurs besoins primaires et s’acquitter des autres charges courantes (factures de téléphonie, frais de transport, frais liés à la scolarité des enfants…). Elles en sont ainsi réduites à « gérer la matérialité du quotidien », au détriment bien souvent de leur état de santé, de leur vie familiale et amicale, de leur estime de soi, de toute quête d’émancipation.
Souvent, ces personnes dans le trop peu sont contraintes de se tourner vers des services et des associations offrant de quoi manger, boire, se vêtir, se laver, faire sa lessive… Le secteur de l’aide alimentaire, à travers la distribution de colis alimentaires, les restaurants sociaux et les épiceries sociales, a par exemple vu son nombre de bénéficiaires croître de façon spectaculaire au cours des deux dernières décennies.
De tels dispositifs sont la principale réponse actuellement apportée par les pouvoirs publics, par la société, à cette déprivation matérielle qui frappe tant de femmes, d’hommes, d’enfants. Comme ce dossier l’illustre, des acteurs sociaux qui opèrent dans ce domaine réalisent un travail de qualité, irréductible à sa dimension matérielle (accompagnement social, création de lien social, expression et participation des bénéficiaires, convivialité…).
Il n’en reste pas moins que ces mesures qui obligent les plus pauvres à « tendre la main », sont palliatives, se penchant sur les effets de la pauvreté plutôt que sur ses causes. Aussi, divers acteurs engagés dans la lutte contre la pauvreté, en appellent-ils à une lutte plus structurelle afin de permettre à toutes et à tous de mener une vie réellement conforme à la dignité humaine. La faiblesse des revenus et les inégalités qu’elle recouvre, demeurent ici un enjeu primordial, tout comme le prix des loyers, qui mange souvent pas loin de la moitié du revenu mensuel des ménages pauvres. Un autre défi majeur à relever, consiste à battre en brèche les représentations qui prédominent sur les personnes pauvres, les rendant non seulement responsables de leur condition, mais encore, les réduisant de plus en plus à des tricheurs qui abusent du système. Nous espérons que ce numéro y contribuera.