En Belgique, au moins 100 femmes ont été tuées par leur (ex-)compagnon depuis 2017. Ces féminicides, qui aujourd’hui font l’objet d’une forte médiatisation, sont la partie la plus visible d’une problématique sociétale de grande ampleur. En effet, des dizaines de milliers de femmes sont chaque année victimes de coups, de viols, de menaces, de harcèlement, d’humiliations et d’autres formes de violence de la part de leur (ex-)partenaire.
Pour traiter cette thématique, l’Observatoire est parti d’un colloque international organisé par Solidarité femmes en octobre 2019. Axé sur les violences conjugales post-séparation, celui-ci voulait attirer l’attention sur le fait que la fin du couple ne met pas nécessairement un terme à la violence et peut même l’exacerber ; nombre de féminicides sont d’ailleurs perpétrés après la séparation.
Dans ce dossier, vous retrouverez les analyses de plusieurs des intervenants de ce colloque. Démontrant le continuum des violences conjugales au-delà de la séparation, ceux-ci expliquent les stratégies mises en place par les auteurs pour garder leur emprise sur leur ex-partenaire, la manière dont ils utilisent à cette fin leur droit de parent et instrumentalisent leurs enfants ; enfin, ils pointent les idéologies, les valeurs, voire les mythes, tel celui du syndrome d’aliénation parentale, qui persistent et continuent à influer sur les représentations de nombre d’acteurs gravitant autour de ces situations : services psychosociaux, justice, police…
Mais d’autres contributeurs ont été également invités à prendre la plume. Dans leurs articles, ceux-ci s’attardent sur les impacts des violences conjugales sur les enfants, la nécessaire mise à l’abri de ces femmes victimes de violences conjugales et de leurs enfants, puis le travail d’accompagnement spécialisé, indispensable, qui permet de les soutenir et de les aider à quitter leur position de victime et à reprendre du pouvoir sur leur vie.
Enfin, la parole a aussi été donnée à des représentants du monde de la justice. Souvent pointée comme défaillante, celle-ci est pourtant consciente de l’ampleur du phénomène. Ainsi, comme nous le verrons, diverses réflexions sont en cours, sur le terrain et au sein d’un réseau d’expertise, en vue de rendre les réponses judiciaires plus rapides et davantage garantes de la sécurité des victimes. Une interview de Praxis permet aussi de prendre la mesure de l’intérêt du travail avec les auteurs, au-delà d’une condamnation, un travail sur la responsabilisation est nécessaire pour tenter de réduire les risques de récidive.
Pour terminer, soulignons que, de l’ensemble des analyses et points de vue qui jalonnent ce dossier, ce qui ressort incontestablement, c’est la nécessaire intersectorialité à mailler, à construire encore et encore entre les différents acteurs concernés. Ce travail permettra d’améliorer la cohérence, la pertinence et la rapidité des interventions autour de cas concrets. Il permettra aussi d’acquérir une vision plus approfondie de cette problématique, éminemment liée à la manière dont notre société fonctionne, avec des rapports de genre encore fortement marqués par la domination patriarcale, les inégalités, les stéréotypes… De ce fait, la lutte contre ces violences est indissociable d’un combat plus large en faveur de l’égalité des sexes, dans lequel tous les secteurs, toute la société a un rôle à jouer.