Qu’un demi-pour cent de la population totale de notre pays se retrouve « à la rue » et que 5 à 10% de cet échantillon s’ancre durant des années dans cette vie aux extrêmes de la nôtre ne peut manquer d’interroger le politique.
Pourtant, en 2010, Année européenne de Lutte contre la pauvreté, le traitement des personnes sans-abri n’a guère évolué depuis la Haute Antiquité.
Suivant les époques et les régimes, les politiques d’assistance ont navigué entre aide et répression.
Si tout le monde se pose la question de savoir comment un être humain peut « tomber dans la rue », la question principielle se révèle différente : « Comment une personne peut-elle s’ancrer dans cette vie de paria ? » elle-même suivie de l’inévitable « Et… pourquoi ? ».
Le propos du présent article se centre sur un aspect singulier de cet ancrage : la temporalité de la personne vivant depuis une ou plusieurs années dans un environnement singulièrement hostile, la rue.
En effet, la perception du temps par le sans-logis est tant une résultante qu’une cause de l’ancrage à la rue. Cette temporalité singulière induite par un contexte précis est donc capitale pour comprendre au mieux les tenants et aboutissants d’un processus singulier d’adaptation à la survie en milieu hostile : l’exil de soi.