Isolement et solitude sont deux phénomènes sociaux étroitement liés, souvent confondus, mais pourtant distincts.
L’isolement se définit par l’absence ou la rareté de contacts sociaux mesurables au sein de nos cercles familiaux, amicaux, professionnels… La solitude, en revanche, relève d’une expérience subjective : le sentiment de se sentir seul, parfois même en étant entouré. On peut donc être parmi les autres et ressentir une déconnexion, une invisibilité ou un manque de reconnaissance ; à l’inverse, on peut être relativement isolé, mais ne pas souffrir de solitude. Cette distinction est essentielle, car elle détermine la manière dont les personnes vivent leur quotidien et les réponses que les professionnels peuvent apporter.
Si ces phénomènes ne coïncident pas systématiquement, ils ont néanmoins tendance à se renforcer mutuellement. Ils touchent une large variété de publics fragilisés : seniors, personnes migrantes, mamans solos, jeunes en rupture familiale, personnes précaires, en situation de handicap, confrontées à des troubles de santé mentale ou encore aidants-proches. Dans chaque parcours, on observe une accumulation de difficultés qui, progressivement, réduit la marge de manœuvre pour maintenir des relations sociales régulières et de qualité.
Les causes sont souvent multiples et imbriquées. Elles tiennent autant aux trajectoires individuelles (rupture, maladie, perte d’autonomie, chômage, etc.) qu’aux transformations profondes de nos sociétés : un individualisme plus marqué, des solidarités naturelles qui s’effritent, des lieux de rencontre qui se raréfient ou évoluent, la polarisation sociale qui s’amplifie, le numérique qui s’impose, des équilibres familiaux bousculés, des pressions économiques et professionnelles croissantes… Ces éléments, mis bout à bout, créent un environnement où il devient plus difficile de nouer ou maintenir des liens durables et où l’on peut glisser, parfois sans s’en rendre compte, d’un repli ponctuel vers un isolement plus profond.
Les acteurs à qui nous avons donné la parole dans ce dossier s’efforcent de répondre à ces défis. Leur travail vise à déstigmatiser les représentations associées à la solitude et à l’isolement, à encourager l’expression de ce mal-être et à proposer des accompagnements qui permettent de retisser des liens : écoute attentive, moments de convivialité, espaces de participation, projets collectifs, soutien à la confiance en soi, aide à la reconstruction de liens familiaux… Autant de démarches qui contribuent à redonner une place significative à chacun dans la société.
Romain Lecomte et Justine Aerts