Disposer d’un logement décent est une condition fondamentale pour mener une vie conforme à la dignité humaine, comme le consacre l’article 23 de notre Constitution. Loin de n’être qu’un toit sous lequel dormir, il est le socle de la vie sociale et familiale des personnes, de leur insertion, de leur bien-être, de leur épanouissement…
Pourtant, une frange croissante de la population est concernée par l’une ou l’autre forme de mal-logement, allant de l’absence pure et simple d’un « chez soi » à un logement inadapté aux besoins ou aux revenus du ménage, en passant par un logement vétuste, dégradé, inconfortable, mal isolé, insalubre ou même dangereux…
La cause majeure de ce mal-logement est bien connue : nous faisons face à une crise structurelle du logement, avec une pénurie de biens décents abordables pour les bas (et même moyens) revenus. Les loyers – et bien plus encore les prix de vente – dans le parc immobilier privé ne cessent de gonfler, et la concurrence accrue renforce le poids des discriminations à l’encontre de certains publics : allocataires sociaux, personnes d’origine étrangère, femmes monoparentales, jeunes… Les logements sociaux ne solutionnent pas le problème : en Wallonie, ils représentent à peine plus de 5% du parc locatif total, avec plusieurs dizaines de milliers de personnes en attente.
Mais à cette difficulté d’accès à un logement décent, s’ajoute encore celle de le garder, de s’y maintenir. Le non-respect de leurs obligations de locataires (paiement du loyer, entretien du logement, respect du voisinage, etc.), les déclarations d’inhabitabilité et/ou d’insalubrité qui frappent leur logement ou encore les ruptures familiales contraignent de nombreuses personnes à quitter leur habitation…
Si ces problèmes de logement recouvrent souvent un manque de moyens financiers, ils sont aussi généralement le révélateur d’autres fragilités (isolement, problèmes de santé mentale, addictions, handicap, absence de modèles pour savoir comment gérer un logement, etc.).
C’est pour répondre à ces difficultés aussi bien d’accès que de stabilisation dans le logement que des dispositifs d’accompagnement vers et dans le logement se sont développés, à l’initiative de services publics comme d’associations. Ils constituent un maillon essentiel en vue de garantir aux personnes leur droit à un logement décent.
Investir dans l’accompagnement n’a cependant de sens que si, par ailleurs, la problématique du manque de logements privés (abordables) et publics est prise à bras-le-corps par les pouvoirs publics : régulation du marché privé, construction de nouveaux logements publics, rénovation des bâtiments insalubres, remise sur le marché des biens inoccupés, etc.
Les inondations de juillet et la nécessité de reloger un nombre important de personnes sinistrées ont mis en lumière cette pénurie, de même que le vieillissement et la vétusté de certains bâtis et le mal-logement que connaissent les personnes précarisées. Gageons que cette confrontation brutale à la réalité aura des effets de prises de conscience et d’accélérateur…
Colette Leclercq & Romain Lecomte